le Dimanche 20 septembre 2026

J’entends déjà vos commentaires, chers lecteurs : elle n’a rien d’autre à dire, cette chroniqueuse-là, pour encore nous parler de pandémie? J’ai plein de choses en tête, mais à l’aube de cette période post-COVID qui semble enfin être à notre portée [du moins, qui semblait l’être au moment d’écrire ces lignes, en août], je n’ai effectivement rien de plus important à vous dire.

Rien de plus urgent que ceci : aimez et prenez le temps d’aimer les êtres cabossés qui vous entourent, maintenant que ce satané virus a mis en lumière leurs béquilles, leurs batailles, leurs chutes.

Je possède depuis toujours une santé mentale enviable, de celles qui vous ordonnent de vous relever et qui vous aident à le faire. Depuis le printemps 2020, j’ai vu plusieurs personnes ajouter des flacons dans leur pharmacie, craquer, vivre différentes difficultés.

Et moi, je suis restée debout. Je m’en suis même félicitée intérieurement.

Sans me comparer ni m’autocongratuler, je me suis réjouie de ma résilience; elle a passé le test d’une crise sanitaire mondiale. Je peux m’adapter, même au pire. Je suis cet arbre qui ploie dans les bourrasques, mais qui reste enraciné.

C’est ce que je me suis dit, bien naïvement. Je ne suis pas à terre, donc forcément, je suis encore bien droite. Mais qui peut se vanter de l’être réellement après tout ce que l’on a vécu?

J’ai revu la fois où je me suis endormie en pleurant, parce que j’étais vraiment seule, avec le chat qui n’en avait rien à cirer de ma solitude. Cet épisode, aussi, où j’ai flanché, convaincue que je n’aurais plus jamais de carrière après avoir perdu mon emploi. Ces moments où j’ai calculé mon budget de PCU au sou près dans une inquiétude généralisée, me demandant combien de temps j’allais tenir. C’est sans parler de la peine que j’ai eue lorsque, pour la première fois, j’ai passé Noël loin de mes parents.

Et c’est là que j’ai compris : personne ne gagne au jeu du coronavirus.

Comme plusieurs, j’ai une petite boîte en moi qui refoule des deuils, des déceptions, des plaies pansées à moitié, dans l’urgence. Je ne suis ni meilleure ni pire. Je suis humaine. Et être humain, c’est avoir des crevasses.

Nous sortons tous amochés de cette pandémie. On a perdu des proches, nos repères, le nord. Certains y auront laissé leur propre vie, au gré d’une éclosion ou sous le poids d’un mal-être qui a pris toute la place. Que peut-on faire pour commémorer la vie de ces gens-là, ceux que la pandémie aura laissés derrière?

Il faut profiter – de façon positive – de la fenêtre que la pandémie nous a ouverte.

Celle qui donne sur la douleur des autres, sur leurs failles, sur leurs faiblesses. Peut-on utiliser cette petite brèche pour prendre soin d’eux? Pour s’assurer qu’ils iront mieux?

Nous avons été aux premières loges alors que parents, amis et collègues se montraient à nu, laissant entrevoir, eux aussi, leur double fond.

Qu’allons-nous en faire?

Vous vous êtes rapproché d’un voisin confiné alors qu’il en avait besoin? Maintenant que vous savez qu’il n’a personne… Qu’allezvous faire de cette information?

Vous avez vu un ami ou un collègue partir en congé de maladie, exténué, lessivé? Maintenant que vous savez qu’il est plus fragile qu’il ne le montre… Qu’allez-vous faire de cette évidence?

Vous avez trouvé difficile de vous séparer de certaines personnes? Maintenant que vous savez que vos proches manquent à votre quotidien lorsqu’ils en sont exclus… Qu’allez vous faire de ce constat?

Et si l’on se concentrait sur ce que la pandémie nous a donné, au lieu de s’attarder à ce qu’elle nous a fait perdre? Si cette crise laisse une seule chose dans son sillage, il faut que ce soit le soin que nous portons aux autres. Il faut que ce soit le temps que nous y consacrons.

Il faut que ce soit une furieuse envie d’aimer. D’abattre la distanciation.

Il faut, au sortir de la pandémie, que nous aimions plus fort que les virus, plus fort que les variants.

Il faut une autre contamination planétaire.

Un amour pandémique.

La fin des poux?

Orbie

PERCÉ | Avez-vous une seule seconde, en pleine pandémie, songé au pauvre sort des poux, confinés à un seul cuir chevelu en raison de la distanciation sociale? L’illustratrice et autrice Orbie, elle, leur a imaginé mille et une aventures. Les enfants et les plus grands pourront ainsi se bidonner avec La fin des poux?, disponible en librairie dès le 29 septembre.

C’est lors d’une conférence de presse du premier ministre François Legault annonçant les nouvelles mesures de distanciation en vue de la rentrée scolaire 2020 que l’inspiration s’empare d’Orbie.

« Yes! On n’aura pas de poux cette année! » s’est alors dit la maman, dont la famille avait vécu une première expérience en la matière l’année précédente. « La deuxième pensée que j’ai eue, c’est de me dire que les poux ne seraient pas contents », ajoute-telle.

Orbie imagine ainsi des images de poux insatisfaits, pancartes à la main. Au cours de l’année suivante, la maman de Cap-d’Espoir part de ces premiers dessins pour créer un album jeunesse. « Je me suis tellement emportée que je l’ai étiré sur 72 pages. J’ai eu vraiment du fun à écrire cette histoire. Ça s’est d’ailleurs aussi étiré en deux résidences de création », explique celle qui s’est laissée guider par l’histoire.

Dans La fin des poux?, les lecteurs iront à la rencontre d’une colonie installée bien au chaud dans la chevelure de la petite Annette. Quand ils s’y sont multipliés et sont prêts à faire le saut, les sympathiques personnages peinent à trouver d’autres têtes d’enfants à proximité.

« On suit leurs péripéties pour essayer de migrer. C’est quand même drôle. Il y a des moments tragiques, même si ça reste tout le temps dans l’humour », lance en riant Orbie, de son vrai nom Marie-Eve Tessier-Collin. Si le mot pandémie n’est nulle part évoqué, l’histoire se déroule à une époque « où les enfants ne pouvaient pas jouer près les uns des autres ».

Inspirée par les petits moments du quotidien, l’autrice et illustratrice est fière de ce quatrième album jeunesse de son cru, publié aux Éditions des 400 coups. Si elle l’a évidemment créé pour faire plaisir aux tout-petits, elle est loin d’avoir oublié les plus vieux, qu’elle aime voir retomber en enfance. « Un enfant qui aime un livre va vouloir le relire souvent. C’est important que le parent ait du plaisir, lui aussi, à le lire », conclut Orbie.


Page couverture de La fin des poux?, disponible dès le 29 septembre en librairie. Photo : Offerte par Orbie.

 

La chambre des saisons

Rachel Leclerc

CARLETON-SUR-MER | Alors qu’elle n’avait pas exploré la poésie depuis de nombreuses années, Rachel Leclerc s’y replonge; la prolifique poétesse et romancière gaspésienne a tout récemment lancé, de son propre aveu, son recueil le plus « ambitieux » jusqu’à maintenant : La chambre des saisons.

Disponible en librairie depuis le 7 septembre, le septième recueil de poésie de la Nouvelloise d’origine, publié aux Éditions du Noroît, se décline en trois parties, toutes reliées par le territoire gaspésien.

Alors qu’elle qualifie la première section de « descente en elle-même à travers les saisons », la deuxième aborde la famine qui a secoué la Gaspésie, au début des années 1800. « J’ai pris comme argument poétique cette famine là pour inventer une famille. L’idée, c’était de mettre un peu de chair autour de l’os poétique », résume Mme Leclerc.

Enfin, alors qu’elle avait précédemment abordé les décès de son père et de sa mère, tous deux survenus alors qu’elle était jeune, la poétesse leur consacre, ainsi qu’à sa fratrie, la dernière partie de son recueil. « C’est une façon, je dirais et je l’espère, de clore ce sujet-là en poésie car j’en aurai beaucoup parlé, après ce livre-là. Mais peut-être qu’il me restait à le faire, justement », confie t-elle à GRAFFICI.

Rachel Leclerc l’admet sans détour : La chambre des saisons, qu’elle a peaufiné sur une période de quatre ans, est fort probablement le recueil dont elle est le plus fière. « Je pourrais dire, peut-être, et je dis bien peut-être, qu’enfin, je suis contente du début à la fin de mon livre, ce qui n’arrive pas souvent », lance-t-elle en riant.

Alors que l’écriture poétique lui avait manqué, ce fut un grand bonheur pour Mme Leclerc de la retrouver. La Gaspésienne, qui a créé devant la mer, espère d’ailleurs que son oeuvre contribuera à faire aimer la lecture, plus spécifiquement la poésie.

« La poésie, c’est comme de la beauté et de la lucidité à l’état pur. Le lecteur prend ce qu’il peut, il prend ce qu’il veut, mais il prend toujours quelque chose. C’est ce qui est beau de la relation entre le livre et le lecteur », remarque-t-elle.

Rachel Leclerc, qui a cumulé les distinctions et les honneurs au cours de sa carrière, a peu écrit au cours des derniers mois. La principale intéressée compte néanmoins s’y remettre. Celle qui a publié plusieurs romans dont Noces de sable, Visions volées et La patience des fantômes, compte d’ailleurs poursuivre dans ses élans poétiques.


Après avoir longtemps vécu à Montréal, Rachel Leclerc est revenue en Gaspésie, sa région natale, en 2016. Elle réside à Carleton-sur-Mer depuis 2019. Photo : Gracieuseté de Magali Deslauriers. Photo : Offerte par les Éditions du Noroît.

 

Doublure du monde

France Cayouette

CARLETON-SUR-MER | Il y a en France Cayouette deux voix portantes : celle des haïkus auxquels elle s’est à maintes reprises consacrée et celle de ce qu’elle surnomme « l’autre poésie ». L’autrice lance, avec Doublure du monde, une oeuvre à mi-chemin entre ces deux mondes qui l’animent. La Gaspésienne, qui se dit « bilingue poétiquement », envoie ainsi aux lecteurs une invitation « à prendre le temps d’être à l’écoute du monde ».

Le recueil, dont le point de départ est une citation de Rainer Maria Rilke, se veut, selon sa créatrice, « un inventaire des petits points de bascule entre le palpable et l’impalpable ».

« C’est comme si je prenais appui sur le concret. J’essaie d’être attentive aux petites brèches qu’il présente et qui mènent vers l’envers du monde, qui peut être le territoire de l’imagination, de l’âme, de la sensibilité », explique la poétesse.

L’oeuvre publiée aux Éditions du Noroît se décline en trois parties. La première, intitulée Batture des paupières, est un hymne aux rituels sacrés et privés du matin. « J’adore ce moment-là où l’on reprend contact avec le monde qui reprend contact avec le monde, qui renaît en même temps que nous au sortir de la nuit », explique-t-elle.

La deuxième partie, Infinis d’occasion, téléporte pour sa part le lecteur dans la sphère publique. « J’essaie de rendre compte de certains saisissements que ce territoire là peut me faire sentir », précise Mme Cayouette.

On y retrouve aussi bien l’enfant que l’on aperçoit à travers la vitre arrière d’un autobus que les réverbères du soir ou les bateaux immobilisés à la marina. « Pour moi, tout est objet de poésie, même les choses qui, à priori, ne semblent pas poétiques », confie la principale intéressée.

La troisième partie, Lumière-mémoire, se veut en quelque sorte un hommage à la vastitude du paysage. « Le paysage guérit tout, pour moi, d’une certaine façon, il dénie tout et il met en relief, dans le fond, notre finitude d’humain et l’espèce d’infinitude du monde », commente Mme Cayouette, qui ajoute que le thème du temps prend également une grande place dans cette portion du recueil.

L’oeuvre de la couverture est celle de Nadia Aït-Saïd. On retrouve d’ailleurs, dans le recueil disponible en librairie depuis le 7 septembre dernier, deux autres créations de l’artiste de Chandler.


France Cayouette est originaire de Bonaventure; elle réside maintenant à Carleton-sur-Mer. La poétesse est depuis peu retraitée du domaine de l’enseignement collégial. Photo : Offerte par les Éditions du Noroît. Photo : Gracieuseté de Magali Deslauriers

 

Lire Des mots, des notes et des images ; partie 2/2

MARIA | François Miville-Deschênes aurait pu, sans conteste, se dédier à la science. Passionné d’archéologie, de paléontologie et de spéléologie, le dessinateur résidant à Maria l’admet d’emblée : « c’est l’art qui a gagné ». Et ce, même si l’artiste, à ce jour bien connu des bédéphiles du Québec et de l’Europe, a dû dessiner à main levée, de façon entièrement autodidacte, son propre parcours artistique.

François Miville-Deschênes grandit dans les années 1970 à Bonaventure. Bambin, il est immédiatement attiré vers « les crayons qui traînent »; il dessinera dès ses deux ans, pour ne jamais arrêter ensuite. Car lorsqu’on lui parle de talent, notamment si l’on souligne celui qui l’habite de façon exceptionnelle, il répondra seulement s’être « beaucoup pratiqué ».

Le jeune François explore dès ses cinq ans l’univers de la bande dessinée grâce aux productions européennes qu’il a sous la main, à la maison. « C’étaient les classiques : Astérix, Tintin, Lucky Luke et les magazines, aussi, que mon père achetait. Mon père aimait bien la bande dessinée », relate M. Miville-Deschênes.

En dessin, l’artiste réalisera avec le temps ce qui le fait vibrer et ce qui deviendra ses points forts tout au long de son parcours professionnel. « Je pense que c’est le vivant, la nature, l’anatomie : ce qui vit. »

Aujourd’hui père de trois enfants, l’homme de 51 ans ne manque d’ailleurs pas de vie autour de lui; en témoignent les animaux qui se pourchassent sympathiquement au loin durant l’entrevue et les rires qui fusent de la résidence familiale alors qu’il rencontre GRAFFICI sur la terrasse, un matin d’août.

Avant son temps

Tout indique qu’une prolifique carrière en arts est promise au Gaspésien, mais le chemin qui s’y rend, à l’époque où il est jeune adulte, est loin d’être pavé. Lorsque le moment vient d’opter pour une formation en dessin, l’étudiant est en
avance sur son temps.

Confronté à un manque d’options dans sa discipline de prédilection, il s’inscrit à une technique en graphisme, dispensée au Cégep de Rivière-du-Loup. Alors qu’il dessine depuis toujours et qu’il a déjà considérablement peaufiné son art, les cours qui lui sont offerts dans ce domaine lui causent une « désillusion totale ».

« Il y a deux professeurs qui m’ont dit, un peu en catimini, “tu vas perdre ton temps ici. Va sur le marché du travail tout de suite” », raconte humblement M. Miville-Deschênes. Il précise d’ailleurs avoir suivi ce conseil, et ce, après avoir « résisté un an » sur les bancs d’école, où il ne retournera plus ensuite.

Une série de contrats en illustration lui feront réaliser, dès ses 18 ans, son immense polyvalence : l’artiste peut tout dessiner, et au moyen de différents médiums. Celui-ci explore d’ailleurs d’innombrables domaines au gré des mandats. « Mais la bande dessinée était toujours là », se rappelle celui qui est demeuré un avide lecteur.

La bande dessinée débarque

Au tournant des années 2000, sa conjointe le pousse à élaborer une proposition de projet, que François Miville-Deschênes envoie par la poste dans toutes les grandes maisons d’édition européennes. « Il y avait du monde au bout de la ligne qui était intéressé. C’est ce qui s’est passé… ça n’a pas été plus compliqué que ça! », résume-t-il, tout sourire.

Les Humanoïdes associés, notamment connue pour ses classiques en science-fiction, est la première – mais pas la seule – maison d’édition à manifester son intérêt pour son travail. Si le projet soumis par le Québécois n’est pas retenu, un premier scénario lui est néanmoins proposé. Celui-ci met ainsi « le pied dans la porte » du monde de la bande dessinée, grâce à la série Millénaire.

Les projets se succèderont ensuite au fil des ans. Alors qu’il admet être toujours plus satisfait de ses plus récentes réalisations, le dessinateur ne peut passer sous silence Zaroff. La bande dessinée qu’il a coscénarisée avec Sylvain Runberg, publiée en 2019 aux Éditions Le Lombard, est son oeuvre ayant récolté à ce jour le plus grand succès en librairie.

Signe que la réussite n’est pas au rendez-vous qu’au niveau des ventes, le dessinateur se verra par ailleurs décerner le Prix Albéric-Bourgeois du Festival Québec BD; cette distinction récompense le meilleur album de langue française publié à l’étranger.

Si le nom de l’artiste est désormais bien connu au Québec, il résonne encore plus fort sur le continent européen, où l’engouement pour la bande dessinée est sans commune mesure avec celui constaté chez nous. Le principal intéressé a d’ailleurs pu le constater, au gré des événements auxquels il a participé, notamment des festivals spécialisés.

« Ça frise la folie. Il y a des gens qui sont là la veille et qui dorment sur place », commente t- il, ajoutant que les files d’amateurs sont quasi interminables lors des séances de dédicace.

Si François Miville-Deschênes attire bel et bien les foules lors de ses séjours à l’étranger, il confie de pas être un grand adepte des projecteurs : c’est d’abord dans le décor intimiste offert par les librairies qu’il préfère aller à la rencontre des lecteurs.


François Miville-Deschênes l’admet : si la perception populaire de la bande dessinée a évolué au Québec, elle reste encore, dans l’imaginaire collectif, « un truc de gamins ». « Pourtant, ce n’est pas Les Schtroumpfs que je fais », lance le dessinateur avant de s’esclaffer. Photo : Roxanne Langlois

Zaroff, de retour en 2022

D’abord voué à être un album ponctuel, Zaroff aura bel et bien une suite; elle sera elle aussi écrite à quatre mains. C’est que François Miville-Deschênes, ayant des idées à la tonne, a proposé un deuxième tome. « Je travaille là-dessus laborieusement depuis des mois », explique-t-il à GRAFFICI.

Alors que les premières aventures du général se déroulaient dans les années 1930, ses nouvelles auront lieu, cette fois, durant la Deuxième Guerre mondiale. Et qui dit guerre dit évidemment armes, véhicules, uniformes… et même décorations d’uniformes! « Ce n’est pas de la rigolade! Il y a du stock! » note l’artiste, qui veille, dans son travail, à documenter la réalité le plus fidèlement possible.

Rencontré pendant ses vacances estivales, le principal intéressé comptait retourner sous peu à sa table à dessins, aménagée face aux montagnes de l’arrière-pays, dans la petite bâtisse construite dans sa cour arrière. C’est là, à travers les planches et les croquis, à l’aide de ses innombrables crayons, plumes et pinceaux, que se matérialisera ce nouvel album, à paraître en 2022.


François Miville-Deschênes n’a pas compté les projets auxquels il a pris part, encore moins le nombre de planches qu’il a dessinées à ce jour. Il dit néanmoins avoir encore la flamme et dessine toujours dans ses temps libres. D’ailleurs, il dresse une ligne bien claire entre ce qui constitue son travail et les dessins qu’il exécute pour le plaisir. Photo : Roxanne Langlois

4. DES BUDGETS BONIFIÉS POUR DES INITIATIVES INNOVANTES

Le centre d’aide et d’hébergement l’Accalmie de Pointe-àla- Croix a déposé à la Société d’habitation du Québec (SHQ), via son programme AccèsLogis, un projet novateur visant à convertir l’école de Saint-Alexis-de-Matapédia, inoccupée depuis 2014. Selon les plans, l’ancien établissement scolaire pourrait accueillir 12 chambres supervisées munies d’une cuisinette, en plus de 4 logements destinés à des personnes âgées autonomes. Une salle commune permettra aux résidents qui le désirent de socialiser.

Après plusieurs années d’attente, les unités nécessaires à la concrétisation de l’ambitieuse initiative ont été débloquées en mai dernier par le gouvernement provincial. Les détails, notamment le budget ainsi que l’échéancier de Québec, n’étaient pas connus au moment d’écrire ces mots. La directrice de l’Accalmie, Dominique Bouchard, a néanmoins accueilli la nouvelle avec beaucoup d’enthousiasme.

Pour elle, la solution à la pénurie de logements passe entre autres par un soutien plus grand à des projets audacieux, surtout dans une région comme la Gaspésie. « On peut récupérer des bâtiments et faire autre chose avec. Il y a des choses innovantes qui pourraient être faites, il faut sortir des sentiers battus », lance celle qui gère l’Accalmie depuis 19 ans.

Le centre Émilie-Gamelin de Chandler, qui vient en aide à des personnes vivant avec des problèmes de santé mentale, possède d’ailleurs lui aussi un projet hors du commun dans ses cartons : la construction de six maisonnettes dédiées à des personnes souffrant de schizophrénie ou d’une autre maladie mentale sévère et qui peinent à vivre avec d’autres personnes. Les unités qui permettront d’aller de l’avant avec cette initiative ont aussi été approuvées par le gouvernement Legault, en mai dernier.


L’école de Saint-Alexis-de-Matapédia sera complètement convertie pour loger des personnes vivant des difficultés ainsi que des personnes agées. Photo : Offerte par la maison d’aide et d’hébergement l’Accalmie

5. RECONVERTIR DE GRANDES PROPRIÉTÉS

Force est d’admettre que les grandes maisons, qui accueillaient à une certaine époque des familles qui l’étaient tout autant, logent désormais moins d’occupants. « S’il existait des subventions ou des incitatifs financiers pour l’achat ou la conversion de ces grosses maisons-là en appartements, je pense que ce serait une belle option qui pourrait être intéressante », propose Stéphanie Roy, agente Place aux jeunes en région dans la MRC du Rocher-Percé.

Une sensibilisation de la population sera aussi nécessaire, croit Ambroise Henry, afin notamment d’effectuer des jumelages entre chercheurs de logements et propriétaires d’immenses propriétés en mesure d’accueillir davantage de gens. « Ça pourrait beaucoup nous aider dans les difficultés que l’on a. Je rêve du jour où nos personnes âgées pourraient rester chez elles quelques années de plus, grâce à un pairage avec des personnes qui sont capables de donner un coup de main au niveau de l’entretien », confie-t-il.

Plusieurs intervenants rencontrés par GRAFFICI proposent également de développer l’offre en logements dédiée aux étudiants disposant de budgets plus serrés, qui ne peuvent pas, dans la majorité des cas, se payer le luxe des logements neufs, voire récents.

6. DES CAMPAGNES DE RECRUTEMENT TRÈS CIBLÉES

La Stratégie Vivre en Gaspésie (SVEG) a l’habitude des campagnes de promotion à grand déploiement visant à convaincre les citadins d’opter pour la péninsule. Par exemple, une campagne d’environ 125 000 $ intitulée La Gaspésie a changé. Toi? a été propulsée à la télévision et sur le Web en 2019. Les trois publicités produites visaient notamment à faire taire les perceptions négatives reliées à la région.

Le directeur de la SVEG, Danik O’Connor, explique que la pénurie de logements a néanmoins forcé l’organisation à mettre sur pause ses campagnes majeures d’attraction, afin d’éviter d’accentuer le problème actuel que constitue la pénurie de logements. L’instance, qui souhaite prendre part à la solution, en est ainsi à évaluer la possibilité de lancer une initiative de promotion vivant expressément à attirer des constructeurs et des investisseurs en région.

« Ce que l’on veut, dans le fond, c’est utiliser notre expertise en marketing pour aider. On est conscients de la situation et on veut mettre nos forces à profit pour contribuer de notre côté, dans la mesure du possible », explique le gestionnaire. « Si on jumelle ça à d’autres solutions qui sont apportées, ça peut porter ses fruits », croit M. O’Connor. Cette campagne pourrait d’ailleurs voir le jour dès l’automne prochain.


Le directeur de la Stratégie Vivre en Gaspésie, Danik O’Connor. Photo : Offerte par la Stratégie Vivre en Gaspésie

Lire PÉNURIE DE LOGEMENTS : UNE ROCHE DANS LE SOULIER DE LA G ASPÉSIE (texte 14)

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Lire QUELLES SOLUTIONS POUR CONTRER LA PÉNURIE? (texte 3/4)

1. UN RATTRAPAGE GOUVERNEMENTAL EN MATIÈRE DE LOGEMENTS SOCIAUX

Le directeur général du Groupe ressource en logements collectifs Gaspésie/Îlesde- la-Madeleine (GRLCGÎM) estime qu’une première solution serait que le gouvernement provincial réinvestisse dans les logements sociaux et communautaires. Les locataires optant pour ce type de logis quitteraient ainsi leur logement ou leur maison actuelle, ce qui ne peut que donner un coup de main dans un contexte de pénurie.

Selon Ambroise Henry, un certain rattrapage serait d’ailleurs de mise; c’est la raison pour laquelle l’Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ) revendiquait, dans le cadre des consultations pré-budgétaires 2021-2022, 5000 unités pendant cinq ans. « On a pris du retard depuis cinq ans », note-t-il.

M. Henry rappelle que les gouvernements précédents investissaient chaque année afin que quelque 3000 nouvelles unités voient le jour annuellement. Or, le gouvernement de François Legault n’a investi, en trois budgets, qu’un total de 500 unités. Ces projets, rappelle Ambroise Henry, étaient « déjà dans la machine AccèsLogis avant qu’il ne soit élu ».

« Au lieu d’avoir 9000 nouvelles unités sur trois ans, tout ce qu’on a, ce sont 500 unités. Juste à Montréal, on a besoin de 1500 unités par année et à Québec, 500 […] », explique le gestionnaire. Quelque 169 unités ont déjà été approuvées dans le cadre du programme AccèsLogis en région et se concrétiseront au cours des 18 prochains mois. « Ça va faire du bien dans le marché immobilier, mais il est tellement déséquilibré que ça va prendre plus que ça », mentionne M. Henry.

Si ces projets, désormais en route, constituent une bonne nouvelle pour la Gaspésie–Îlesde- la-Madeleine, ce dernier rappelle que la partie est loin d’être gagnée. « Il faut que le gouvernement regarnisse ce programme-là », plaide le gestionnaire.

La directrice générale de la maison d’aide et d’hébergement L’Aid’Elle, à Gaspé, abonde dans le même sens. « Il faut d’abord reconnaître, avant tout, qu’il y a une véritable crise du logement et il faut investir les sous nécessaires pour la contrer. Se loger, c’est un besoin de base au même titre que de s’alimenter ou se vêtir. C’est dans le bas de la pyramide de Maslow! » martèle Marie-Ève Joncas.


Selon Ambroise Henry, la création de logements sociaux permettrait de libérer des logements à louer ainsi que des maisons à vendre. Photo : Simon Carmichael

2. DES RÉGLEMENTATIONS MUNICIPALES

Le directeur général du Groupe ressource en logements collectifs Gaspésie/Îles-de-la- Madeleine (GRLCGÎM), Ambroise Henry, le mentionne d’emblée : « Pour résorber la pénurie de logements gaspésienne, il faut que les municipalités s’en mêlent.» Une solution proposée serait ainsi qu’elles agissent concrètement avec des réglementations favorisant le logement à long terme, mis à mal par les locations temporaires à des fins pécuniaires dans les secteurs les plus prisés. L’exemple de Percé, la première administration municipale à légiférer de la sorte en région, est probant.

Afin de stopper l’hémorragie et de freiner la spéculation, l’administration municipale a décidé, le 1er mars dernier, d’étendre à l’entièreté de son territoire un règlement qui était déjà en vigueur depuis deux ans pour le secteur compris entre la rivière de l’Anse-à-Beaufils et Canne-de-Roches. Ainsi, il est désormais impossible, dans tout le Grand Percé, d’obtenir un permis afin de convertir une résidence unifamiliale en lieu d’hébergement touristique.

Cette décision a été entérinée par le conseil municipal afin de décourager les promoteurs de l’extérieur motivés par l’appât du gain. La réglementation visait aussi à donner un coup de pouce aux résidents ainsi qu’aux nouveaux arrivants qui peinent à dénicher un lieu où vivre à l’année. Les élus voulaient ainsi, mentionne le directeur général de Percé, éviter « que le rêve qu’ils convoitent ne se transforme en cauchemar ».

Jean-François Kacou ajoute que la réglementation n’a pas pour but d’incriminer qui que ce soit. « Ce n’est pas forcément méchant ni mauvais de convertir des maisons en hébergement touristique. Le problème, c’est la perte de contrôle. Lorsque ça se fait au détriment de la vitalité d’une communauté, il faut être capable d’arrêter ça le plus rapidement possible », plaide-t-il.

Selon le gestionnaire, la Ville a reçu des louanges relativement à la décision prise dans ce « dossier houleux ». L’administration municipale s’est d’ailleurs donné pour mission d’assumer un certain leadership; elle est ainsi consciente de paver la voie à d’autres agglomérations. « C’est un peu l’objectif, je dirais. L’idée, ce n’est pas juste de regarder dans sa cour si tout va bien, mais c’est aussi d’être capable d’apporter de l’aide aux autres autour de nous », confirme M. Kacou, en poste depuis 2019.

Prochaine étape : la location Airbnb

Un procureur a par ailleurs été mandaté, à l’interne, afin d’examiner un autre enjeu majeur : la location temporaire via la plateforme Web Airbnb, fort populaire dans « la capitale touristique gaspésienne ». Le juriste est notamment chargé d’examiner ce qui se fait ailleurs, par exemple à Paris. Ce dernier sera aussi mandaté de proposer une façon d’encadrer cette activité sur le territoire de Percé et de suggérer la manière dont pourra être appliqué un éventuel règlement.

Selon M. Kacou, il s’agit d’une « question de justice et d’équité », puisque des aubergistes paient des taxes commerciales, alors que leurs voisins peuvent louer leur résidence ou une chambre via Airbnb sans avoir à le faire. S’il est difficile de jauger quand une potentielle réglementation pourrait entrer en vigueur, le directeur général croit que la Ville pourrait avoir, d’ici la fin de l’année, « quelque chose d’intéressant à présenter aux citoyens ».

 

3. DES INCITATIFS POUR CONVAINCRE DES PROMOTEURS PRIVÉS

Une étude réalisée au début de 2020 chiffrait à environ 70 le nombre de nouveaux logements privés nécessaires, à New Richmond, afin de répondre à la demande. Le conseil municipal a donc décidé de prendre le taureau par les cornes. Depuis l’automne 2020, un incitatif financier de 15 000 $ est offert pour chaque nouvelle porte créée, qu’importe le secteur. Un chèque à ce montant sera ainsi remis directement au promoteur complétant une nouvelle unité pour laquelle l’investissement minimal est chiffré à 150 000 $.

La situation exceptionnelle requérait de nouvelles mesures afin de convaincre ces promoteurs, croit le maire. « Il y avait une problématique au niveau des coûts de construction qui sont plus élevés ici. C’est plus difficile pour un privé de rentabiliser son investissement », fait valoir Éric Dubé.

Un rapport publié en mai par le CIRADD sur la question du logement gaspésien confirme que le coût par porte, pour une nouvelle construction en Gaspésie, serait de 20 000 $ à 25 000 $ plus élevé qu’ailleurs au Québec. En raison du prix moyen trop bas des loyers sur la péninsule, les nouvelles constructions locatives seraient ainsi, selon cette même étude, « très difficiles à rentabiliser ».

Assorti de plusieurs critères, l’incitatif inédit proposé à New Richmond commençait déjà, au moment d’écrire ces mots, à porter ses fruits. « Il y a un promoteur qui a pris des options sur trois terrains pour faire trois quadruplex. Il va acheter les terrains un à la fois et les construire un à la fois, mais on sait qu’il va en faire un dès cette année », résume le premier magistrat.

Un autre projet de 24 unités, qui n’était pas ficelé au moment d’écrire ces lignes, était néanmoins déjà dans l’air. Le maire Dubé a bon espoir que les démarches seront officialisées d’ici l’automne et que les travaux pourront débuter au plus tard en 2022.

L’élu ne serait pas surpris que d’autres municipalités gaspésiennes emboîtent le pas avec un incitatif du même genre. « On va battre la trail et si ça lève, par exemple si dans deux ans, on a 36 unités de logement de plus à New Richmond, je suis pas mal sûr que ça va intéresser des gens », croit-il.

Gaspé prend les grands moyens

Afin de dénouer l’impasse et stimuler la construction de logements, Gaspé a pour sa part opté pour l’adoption d’un projet de loi privé lui permettant notamment d’offrir des crédits de taxes pour soutenir les promoteurs dans la construction de logements locatifs. Portée par la députée de Gaspé, Méganne Perry Mélançon, la loi concernant la Ville de Gaspé a été adoptée vers la fin de 2019.

C’est la deuxième fois que la Ville se tourne vers une telle solution. La pénurie de logements marquée des années 2007 à 2009 avait en effet nécessité de prendre les grands moyens; 110 unités avaient alors été construites sur une période de deux à trois ans.

« La recette avait été gagnante, donc on a décidé de la reproduire après que LM Wind Power ait annoncé l’agrandissement de ses installations, en 2016 », explique le maire de Gaspé, Daniel Côté. L’usine de pales d’éoliennes, qui employait auparavant quelque 180 personnes, a fait grimper ce nombre à plus de 450, ce qui a créé « une pression phénoménale sur le logement », admet l’élu.

Si l’administration municipale avait de grandes attentes quant à cette loi spéciale, la pandémie de COVID-19 lui a en quelque sorte coupé l’herbe sous le pied. Vingt-deux unités de logement ont néanmoins été construites grâce à ces incitatifs en 2020.

Gaspé, proactive, ne s’est pas arrêtée là : en attendant la concrétisation de cette loi privée, elle a aussi lancé, en juin 2019, un appel d’offres visant à céder dix terrains lui appartenant sur la rue de l’Envol, à proximité de l’aéroport Michel-Pouliot. Évalués entre 36 500 $ et 45 000 $, ces lots pouvant chacun accueillir un triplex étaient vendus à un prix de base d’un dollar, conditionnellement à la construction rapide de logements. Quatre terrains ont été vendus et six unités supplémentaires ont été construites sur place; six autres devraient s’ajouter cette année.

Si le maire Côté est heureux de ces avancées, il admet qu’elles demeurent insuffisantes pour enrayer la pénurie. « On travaille sur d’autres grands coups. On va le voir avec l’étude de marché que l’on a commandée, mais à l’heure où l’on se parle, on estime à plus de 200 unités les besoins réels et potentiels d’ici deux ans », explique le premier magistrat, qui demeure néanmoins convaincu que Gaspé viendra à bout du problème.

Des liens avec des promoteurs sérieux étaient déjà établis au moment d’aller sous presse, mais aucune annonce n’avait encore été faite quant à des projets particuliers. L’étude de marché n’était pas encore disponible au moment d’écrire ces mots.


Le maire de Gaspé, Daniel Côté, espère pouvoir faire de belles annonces sous peu relativement au logement sur son territoire. Photo : Nelson Sergerie (archive).

 

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Un frein pour l’accueil et la démographie

CARLETON-SUR-MER | En 2019-2020, 2217 personnes se sont établies en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, ce qui a fait grimper à 681 personnes son solde migratoire interrégional : il s’agit ni plus ni moins d’un record en 20 ans, soit depuis que ces données sont compilées par l’Institut de la statistique du Québec. Le hic? Les logements disponibles sont loin d’avoir suivi la même courbe que cet intérêt grandissant pour la région.

La pandémie a contribué à accroître l’attractivité de la région, plus populaire que jamais. « On n’a pas eu le temps de célébrer bien longtemps que, déjà, on entre dans les nouveaux défis, dont celui du logement », admet le directeur de la Stratégie Vivre en Gaspésie (SVEG), Danik O’Connor.

La région a des besoins criants en matière de main-d’oeuvre; en témoignent les centaines d’offres d’emploi inscrites sur le site Web de la SVEG au moment d’écrire ces lignes. Or, la pénurie de logements fait ombrage au recrutement. Elle met aussi à mal la rétention de ces personnes qui effectuent une migration ou un retour en région. Dans de nombreux cas, elles viennent occuper des postes souvent difficiles à pourvoir, voire essentiels.

« Je compare souvent ça à un avion plein de passagers qui arriverait en région, mais sans piste d’atterrissage. Qu’est-ce qu’on fait quand on ne peut pas atterrir? On s’en va à Moncton ou on retourne à Québec! », illustre Stéphanie Roy, agente Place aux jeunes en région (PAJR) dans la MRC du Rocher-Percé.

Mme Roy accompagne les 18 à 35 ans diplômés pour qu’ils parviennent à s’établir dans ce secteur où la location touristique temporaire est reine et où les prix ont grimpé en flèche. L’agente PAJR avait dans ses dossiers, au moment de s’entretenir avec GRAFFICI, sept couples, trois familles, sept personnes seules et deux stagiaires à la recherche d’un logis. Trois à quatre nouvelles demandes s’ajoutent sur sa pile chaque semaine.

Si plusieurs trouvent des logements temporaires chez des membres de leur famille où dans les installations fournies par leur employeur, nombreux sont ceux qui ne parviennent pas, ensuite, à dégoter un logis permanent. « J’ai des nouveaux arrivants qui sont repartis », déplore Stéphanie Roy. Certains n’ont d’autres choix que de se rabattre sur des solutions de rechange; Mme Roy cite en exemple deux travailleurs de la santé qui ont dû faire du camping durant tout l’été 2020.

Et les personnes immigrantes?

Julie Ruest oeuvre au Service d’accueil des nouveaux arrivants (SANA) dans la MRC de La Haute-Gaspésie. Ce service s’adresse aux personnes âgées de 35 ans et plus, incluant la clientèle immigrante. Ces personnes qui viennent souvent de loin ne jouissent pas, rappelle Mme Ruest, d’un réseau de contacts déjà sur place.

Ces nouveaux venus ont ainsi moins de chance de bénéficier du bouche-à-oreille qui prévaut souvent sur l’affichage. « […] ils finissent par trouver, mais c’est plus long, ardu et stressant », souligne Mme Ruest. Une récente étude publiée par le CIRADD révèle par ailleurs que près de 47 % des répondants habitent un logement trouvé grâce au bouche-à-oreille.


Stéphanie Roy oeuvre pour Place aux jeunes en région (PAJR) dans la MRC du Rocher-Percé depuis environ huit ans. Photo : Offerte par Stéphanie Roy

Proportion de locataires devant quitter leur logement pour la saison estivale (par MRC)

*L’échantillon pour ce secteur est de seulement 16 répondants, ce qui est significativement moins élevé que pour les autres MRC (la moyenne est de 31,25).

CÔTE-DE-GASPÉ 19,23 %
HAUTE-GASPÉSIE* 18,75 %
AVIGNON 11,1 %
BONAVENTURE 10,2 %
ROCHER-PERCÉ 8,23 %

Source : Perceptions des acteurs privés et des nouveaux arrivants sur les enjeux du logement locatif résidentiel en Gaspésie, rapport produit par le CIRADD pour le compte du Regroupement des MRC de la Gaspésie, mars 2021

Forcés de quitter leur logement pour l’été…

Selon une étude menée par le CIRADD et réalisée en mars 2021, environ 13,2 % des locataires gaspésiens sont contraints de quitter leur logement « en raison de la saisonnalité touristique ». Ceux-ci habitent majoritairement (53,57 %) des maisons. Ces personnes sont dans une grande proportion des migrants internationaux (24 %) et dans une plus faible proportion (14,29 %), des migrants interrégionaux.

Un problème qui devient aussi celui des employeurs

CARLETON-SUR-MER | Si la pénurie de logements est l’affaire des travailleurs, elle devient facilement aussi, un problème pour les employeurs.

Faute de trouver de la main-d’oeuvre qualifiée en région, la boulangerie La Pétrie de Bonaventure n’a d’autre choix que de recruter à l’extérieur; deux employés sont arrivés au cours des derniers mois et ont pu trouver une chambre temporaire chez des connaissances de leurs nouveaux patrons. Un très attendu boulanger et sa famille quitteront aussi la France vers la fin juillet pour s’établir à Bonaventure.

Si elles ont finalement été concluantes, d’innombrables démarches ont été faites pour s’assurer que les Européens, sans contact sur place, aient un endroit où vivre une fois arrivés en Gaspésie. « Ça a été très difficile. Des fois, je n’en dormais pas la nuit », mentionne la copropriétaire de La Pétrie, Véronique Beauchamp.

« On est pleins de bonne volonté. On veut faire rouler l’économie, travailler, ouvrir durant plus de jours, avoir plus d’employés et créer de l’emploi, mais quand les gens viennent [d’ailleurs] parce qu’on ne trouve pas la main-d’oeuvre ici, on ne trouve pas d’endroit pour les loger », déplore l’entrepreneure.

La directrice générale du Carrefour jeunesse emploi (CJE) Option Emploi, Annie Tapp, va dans le même sens. L’organisation qui dessert la MRC du Rocher-Percé avait opté pour une recrue de l’extérieur afin de combler un tout nouveau poste de conseillère à l’emploi. Celle-ci devait prêter main-forte pour contrer la pénurie de main-d’oeuvre. Comble de l’ironie : c’est finalement la pénurie de logements qui a en quelque sorte dissuadé la candidate de migrer en région.

Constatant que dénicher une location à l’année n’est pas chose facile, l’heureuse élue qui devait entrer en poste à la fin du mois de mai, tout juste avant la haute saison touristique, a opté pour l’achat d’une propriété. Quand la résidence convoitée lui a glissé entre les doigts, elle s’est tout simplement désistée.

« C’est dommage! On avait vraiment trouvé une ressource qui correspondait à nos attentes. Les candidatures ne se bousculent plus quand on ouvre un poste en raison de la rareté de la main d’oeuvre. On avait passé trois personnes en entrevue, et c’est elle qui était ressortie du lot, avec une bonne longueur d’avance. Elle avait vraiment le profil parfait », déplore Mme Tapp.

Avant même l’entrevue

Avant même de convoquer une personne en entrevue, Annie Tapp explique qu’elle lui demande désormais si elle a déjà des possibilités quant à son hébergement. « Il y a un candidat qui m’a dit qu’avant de lui poser cette question-là, je devrais d’abord le passer en entrevue. Je lui ai répondu que non, que c’était plus important qu’il pensait, qu’il avait beau être le meilleur candidat et celui qui se démarque le plus, qu’il risquait de ne pas être capable de trouver s’il n’avait pas déjà un pied à terre ici à ce temps-ci de l’année », résume la gestionnaire.


Comme d’autres entreprises de la région, la boulangerie La Pétrie de Bonaventure doit recruter à l’extérieur. Or, les choses se corsent lorsqu’il est question de loger ces nouveaux employés. Photo : Offerte par Véronique Beauchamp

 

Source : Perceptions des acteurs privés et des nouveaux arrivants sur les enjeux du logement locatif résidentiel en Gaspésie, rapport produit par le CIRADD pour le compte du Regroupement des MRC de la Gaspésie, mars 2021

Source : Perceptions des acteurs privés et des nouveaux arrivants sur les enjeux du logement locatif résidentiel
en Gaspésie, rapport produit par le CIRADD pour le compte du Regroupement des MRC de la Gaspésie, mars 2021

 

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Logements en Gaspésie : « On est dans le trouble. » – Ambroise Henry

CARLETON-SUR-MER | Nombreux sont ceux qui cherchent un logement, mais plus rares sont ceux qui trouvent. Il n’y a là aucun hasard, puisque l’une des pires pénuries de logements jamais répertoriées est en cours en Gaspésie, comme dans d’autres régions du Québec.

Citoyens éjectés en raison de la vente de la maison qu’ils occupent ou de sa location estivale à des fins touristiques, travailleurs saisonniers cherchant à se loger temporairement, nouveaux arrivants attirés en région par les possibilités reliées au télétravail, personnes âgées ayant vendu leur maison, couples en séparation : plusieurs se butent au manque, voire à l’absence d’options.

Le directeur général du Groupe ressource en logements collectifs Gaspésie/Îles-de-la-Madeleine (GRLCGÎM), Ambroise Henry, l’admet d’emblée : alors que plus de 200 noms figurent sur la liste d’attente de l’organisation à son bureau de Carleton-sur-Mer seulement, le problème est loin de toucher exclusivement les logements dits sociaux ou collectifs. À la barre du GRLCGÎM depuis 2014, le gestionnaire observe que la conjoncture entre pénurie de main-d’oeuvre et pénurie de logements contribue à exacerber un problème perceptible depuis plusieurs années. Sans surprise, elle touche aussi le marché locatif dit régulier.

« On est dans le trouble! Il y a très peu ou pas de logements à louer. On n’a qu’à regarder l’évolution, depuis un an, de la situation sur les sites Facebook d’offres et de demandes de logements. On ne voit pratiquement que des demandes. Je suis convaincu que si demain matin quelqu’un a un logement à louer, ça fait la file », lance-t-il.


Le directeur général du Groupe ressource en logements collectifs Gaspésie/Îles-de-la-Madeleine (GRLCGÎM), Ambroise Henry. Photo : Élise Fiola

 

Les personnes vulnérables le sont encore davantage

CARLETON-SUR-MER | Au plus fort la poche : voilà la règle qui prévaut dans de nombreux cas actuellement lorsqu’il est question de logement. Ce mot d’ordre peut, signalent de nombreux intervenants, mener à de la discrimination. Ce sont en effet ceux et celles aux coffres moins garnis ou aux profils moins recherchés qui sont les plus susceptibles de souffrir de la comparaison et de la surenchère.

Cette pénurie est bien loin de concerner que des locataires dits vulnérables, précise le directeur général du Groupe ressource en logements collectifs Gaspésie/Îles-de-la-Madeleine (GRLCGÎM), Ambroise Henry : des professionnels aux finances enviables et des nouveaux arrivants bien nantis ne désirant pas immédiatement acheter une propriété se retrouvent aussi, par exemple, sur la ligne de départ de la course au loyer.

Ainsi, il y a fort à parier, note-t-il, que les plus vulnérables n’en sortent pas gagnants.

« On est rendus, dans les demandes de logements, à voir des gens qui offrent des récompenses pour s’en trouver un. Il y en a même qui sont prêts à payer six mois d’avance. Le propriétaire n’a pas le droit, légalement, de le demander, mais rien n’empêche quelqu’un d’arriver avec des sous pour prouver son sérieux », cite-t-il en exemple.

Trop chers… ou insalubres

La directrice du centre d’aide et d’hébergement l’Accalmie de Pointe-à-la-Croix, Dominique Bouchard, déplore que la situation actuelle tende en effet à rendre encore plus difficile la quête d’autonomie de certaines personnes désirant se reprendre en main après avoir éprouvé des difficultés, que l’on parle de problèmes de santé mentale, de dépendance, de deuil ou d’itinérance.

« Des fois, on a des groupes de sept personnes en hébergement et ce sont sept personnes qui n’ont aucun endroit où vivre. Comment on fait pour leur trouver un loyer, alors qu’il n’y en a pas? Soit c’est tellement cher qu’elles n’en ont pas les moyens, ou alors, c’est insalubre », déplore Mme Bouchard. Cette clientèle atterrit souvent « à la toute fin de la liste ou dans la filière 13 [à la poubelle] » et est rarement le premier choix des propriétaires, ajoute la gestionnaire.

La directrice du centre Émilie-Gamelin de Chandler, qui vient spécifiquement en aide aux personnes vivant avec des problèmes de santé mentale, tente de sensibiliser les propriétaires à la problématique. Johanne Bécu est allée, par le passé, jusqu’à se porter garante de locataires. Sans une telle intervention de sa part, il est fort possible que certaines personnes ne seraient pas parvenues à se trouver un lieu où vivre.

« C’est déjà difficile, présentement, de se trouver un logement en Gaspésie quand tu es en bonne santé, imagine quand tu as un problème de santé mentale », déplore Mme Bécu. La réalité régionale fait d’ailleurs souvent en sorte, renchérit-elle, que l’état de santé de ces personnes est connu au sein de leur milieu, ce qui peut peser dans la balance et mener à la discrimination.

Des « victimes » de la pénurie?

La directrice générale de la maison d’aide et d’hébergement L’Aid’Elle de Gaspé, en a, elle aussi, très long à dire. Selon Marie-Ève Joncas, la pénurie de logements peut tout simplement dissuader des femmes de quitter un conjoint violent par crainte de n’avoir nulle part où aller après avoir séjourné temporairement dans les installations de l’organisme.

D’autres femmes ne trouvant aucun lieu où se loger peuvent quant à elles être tentées, faute de trouver un endroit où se réfugier, de retourner sous un toit où leur sécurité est compromise. Elles étaient pourtant parvenues à quitter ce lieu, parfois après un long cheminement. « C’est d’une horreur indescriptible », admet sans détour Mme Joncas.

Au moment d’écrire ces lignes, 13 féminicides étaient à déplorer au Québec depuis le début de l’année 2021. La violence conjugale figure d’ailleurs parmi les problèmes exacerbés par la pandémie de COVID-19. Marie-Ève Joncas s’inquiète que des femmes meurent aux mains d’un conjoint violent en raison du manque de logements disponibles. « Si on extrapole, à la limite de la limite, oui, ça se peut », fait-elle valoir.

Cette dernière rappelle néanmoins que L’Aid’Elle fait tout en son pouvoir pour étirer les séjours des femmes dans ses installations ainsi que pour les aider à trouver un logis permanent où elles pourront se reconstruire et profiter d’un nouveau départ.


Marie-Ève Joncas, directrice générale de la maison d’aide et d’hébergement l’Aid’Elle de Gaspé, fait valoir que de graves conséquences humaines peuvent découler de la pénurie de logements. Photo : Nelson Sergerie

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LA GROTTE
K-roshi

SAINT-ALPHONSE-DE-CAPLAN | Actif vers les années 1997-1998, le rappeur montréalais K-roshi est de retour après une vingtaine d’années d’absence. Désormais établi à Saint-Alphonse-de-Caplan, il a récemment lancé un simple intitulé La grotte, dont le vidéoclip a été réalisé par un autre Gaspésien d’adoption, Benoit Daoust.

À désormais 41 ans, l’auteur-compositeur-interprète revient à ses premières amours, le rap, après avoir exploré le reggae à la suite de sa formation en musique au Cégep de Drummondville. Lorsqu’il a choisi de s’y replonger, il a décidé de le faire en reprenant son nom d’artiste initial.

Avec sa première chanson écrite l’hiver dernier, il partage une époque de sa vie dans l’arrondissement Ville Saint-Laurent où il a grandi, une période ponctuée par la consommation. Ex-alcoolique et ex-toxicomane, il a lancé à la fin du mois d’avril la chanson qu’il n’avait jamais écrite, celle qu’il devait à tout prix coucher sur papier. Elle aborde notamment l’intérêt que la société porte aux jeunes traversant d’importantes difficultés.

« Comment ça se fait qu’un jeune de 18 ou de 19 ans peut se retrouver tout seul à consommer à en crever dans son petit appart, dans le fin fond de la ville? Comment il peut se retrouver sur la morphine, dans le fond d’une ruelle, et raser d’en crever, tout seul, sans que personne ne le sache? Ce n’est pas normal, à quelque part », déplore K-roshi.

Avec La grotte, le musicien voulait véhiculer un important message : on peut remporter son combat contre la dépendance. Sobre depuis maintenant 14 ans, il voulait également jouer cartes sur table dès le début. « C’est un peu comme dire : voici K-roshi, voici mon histoire. Le reste des chansons, ça parlera peut-être d’affaires plus futiles, mais celle-là, ç’en était une grosse pour moi », explique le principal intéressé.

La grotte a fait l’objet d’un vidéoclip tourné vers la fin de l’hiver en studio, sur le mont Saint-Joseph de Carleton-sur- Mer, ainsi qu’ à la grotte de glace de Saint-Edgar, dans l’arrière pays de New Richmond. L’artiste est on ne peut plus satisfait du travail accompli par son ami Benoit Daoust. « Benoit, quand il est dans un projet, il se donne corps et âme! […] C’est écoeurant, et vraiment, ça lui revient à 100 % », lance le rappeur.

K-roshi compte désormais continuer de créer au gré de ses temps libres et de son inspiration, sans pression. La grotte est disponible sur les plateformes de téléchargement, dont Spotify.


Voici une image tirée du vidéoclip de La grotte, produit et réalisé par Benoit Daoust. Photo : Offerte par K-roshi

Roxanne Langlois

 

C’qu’on s’est promis
LES ELEMENT

GASPÉ | Originaires de Gros-Morne, Joey et Jonathan Element proposent un mini-album dont les intentions se dévoilent dès les premières notes : célébrer le bonheur qu’ils retirent des chaleureuses relations familiales.

« Joey et moi on est cousins, et donc ça tourne autour de la famille, de ce qui est festif, expose Jonathan Element, l’aîné du duo Les Element. C’est notre ligne directrice. » Tissé de mélodies accrocheuses teintées de nostalgie, dont Histoire de chums et Heureux comme avant, l’album country folk compte également une pièce plus mélancolique intitulée Au pied de l’escalier.

Cette première création compte au total six chansons, fruit d’une collaboration des cousins Element avec des artistes de la région, dont l’auteur-compositeur-interprète Fred Parent. Leur rencontre avec ce dernier sera d’ailleurs déterminante. « Fred nous avait invités à faire quelques chansons en direct à son émission de radio Country Express [à l’antenne de Bleu FM], explique Jonathan Element. Il a aimé ce qu’on faisait et a décidé d’embarquer avec nous autres et de nous enregistrer dans son studio. »

Une réception qui surprend

Depuis le lancement le 15 mai dernier, le succès que rencontre l’opus ne se dément pas. À preuve, le duo en est déjà à son troisième « ravitaillement » en albums, ceux-ci étant vendus aussitôt reçus. « On est surpris, on ne s’attendait pas à ça!, admet le jeune trentenaire. Et les radios embarquent, c’est le fun, on a beaucoup d’entrevues. »

L’enthousiasme suscité par le travail des deux Gaspésiens se ressent également à l’extérieur de la région, alors que le duo est actuellement en pourparlers avec différents festivals country, de même qu’avec un studio d’enregistrement situé près de Montréal. « On prépare déjà le prochain album, on ne chôme pas! » dévoile Jonathan Element.

Pour l’heure, il est possible de se procurer une copie de C’ qu’on s’est promis dans certains points de vente de la région ou auprès du groupe, via leur page Facebook. Depuis le 15 juin, l’ensemble des compositions seront aussi disponibles sur certaines plateformes numériques, dont Spotify et Apple Music.


C’qu’on s’est promis est le premier album du duo Les Element. Photo : Offerte par Les Element

Olivier Béland-Côté

Lire – Des mots, des notes et des images (partie 2/2)

Soins infirmiers aux aînés en perte d’autonomie

Collectif de professionnels

CARLETON-SUR-MER | La troisième édition de Soins infirmiers aux aînés en perte d’autonomie, dirigé par le docteur Philippe Voyer, est disponible depuis janvier dernier. Une Néo- Gaspésienne établie à Carleton-sur-Mer, Lise Doucet, y signe d’ailleurs un chapitre.

Infirmière depuis une trentaine d’années, la dame originaire de Campbellton, au Nouveau-Brunswick, prend part à l’ aventure pour une deuxième fois. Pour elle, l’ ouvrage constitue une véritable « bible ». Troubles du comportement, hygiène du sommeil, alimentation, polypharmacologie, délirium, maladies pulmonaires : un vaste éventail de sujets touchant la qualité de vie et la santé des aînés y sont vulgarisés par différents experts.

Si le manuel est tout indiqué pour des étudiants et professionnels du domaine de la santé, Lise Doucet est convaincue qu’il pourra aussi être fort pertinent pour de nombreux Gaspésiens et Gaspésiennes, notamment des proches aidants. « J’ai souvent vu des familles qui ne comprennent pas une personne âgée ni sa maladie et qui ont des attentes déraisonnables face à leur père, face à leur mère. Ce livre-là permet de comprendre ce qu’est le vieillissement normal et celui qui est anormal », explique celle qui oeuvre comme conseillère à l’expérience patient pour le Réseau de santé Vitalité, au Nouveau-Brunswick.

La professionnelle de la santé, qui a présenté de nombreuses conférences au cours de sa carrière consacrée aux aînés, signe le 29e chapitre du bouquin : il porte sur la résistance aux soins d’hygiène. Il est impératif, selon elle, de mieux comprendre les combats que doivent parfois mener le personnel soignant pour garder propre le corps de certains patients, notamment ceux atteints de troubles cognitifs.

Par exemple, la vision véhiculée selon laquelle ces patients sont laissés à eux-mêmes alors qu’ils désirent se faire laver est erronée, dans la grande majorité des cas. « Ça, c’est une conception que nous avons, vous et moi, parce qu’on veut se laver tous les jours dans la douche ou prendre un bain avec des petites chandelles. Eux, ils n’en sont pas là. Quand tu as des troubles cognitifs, tu n’as plus ta mémoire et c’est étrange. C’est un inconnu qui te met nu, qui essaie de laver ton corps dans des parties intimes. À 85, 90 ou 95 ans, plusieurs sont pudiques et n’aiment pas se faire toucher », rappelle-t-elle.

Lise Doucet espère désormais que Soins infirmiers aux aînés en perte d’autonomie se fera une place dans les établissements de soins autant que dans les chaumières. La détentrice d’une maîtrise en sciences infirmières le martèle : le Québec doit s’améliorer quant au sort qu’il réserve à ses aînés. « J’ai marché sur beaucoup de planchers d’hôpitaux et de CHSLD. J’ai vu de belles choses, j’ai vu du coeur au ventre, mais je pense qu’il faut apprendre à faire mieux. Cette clientèle-là en est une super spécialisée », résume Mme Doucet.


Lise Doucet est infirmière depuis une trentaine d’années et s’intéresse particulièrement aux soins dispensés aux aînés. Photo : Offerte par Lise Doucet

L’ art des Fous

Collectif de jeunes Gaspésiens

CARLETON-SUR-MER | L’art des Fous est un projet initié par le Carrefour jeunesse-emploi (CJE) Avignon- Bonaventure, mais surtout, le moyen d’expression sans filtre ni censure qu’ont utilisé des jeunes de 7 à 35 ans de la Baie-des-Chaleurs afin de généreusement partager leur vécu en matière de santé mentale.

Effets néfastes découlant de la pandémie de COVID-19, peine d’amour, schizophrénie, bipolarité, dépression : les 40 textes qui composent le recueil livrent des expériences diverses qui touchent toutes la santé mentale. Ce n’est pas un hasard si le projet a été initié en octobre 2020, en pleine crise sanitaire.

« On a vu qu’avec la pandémie, la santé mentale devenait un enjeu criant, mais qui ne criait pas si fort parce que les jeunes n’avaient pas la possibilité de se faire entendre, ni d’avoir accès à des tribunes. Par contre, on savait que plusieurs écrivaient et avaient une bonne plume », résume le chargé de projet pour le CJE, Bilbo Cyr.

M. Cyr a accompagné les participants tout au long de l’initiative; ceux-ci se sont exprimés via des styles littéraires variés, et ce, en toute liberté. Bilbo Cyr espère que le produit final, qui expose une vérité brute et sentie, pourra guider les différents intervenants oeuvrant auprès des jeunes, en plus de sensibiliser le grand public à la santé mentale, un sujet encore tabou en 2021. « On aurait intérêt à en parler aux jeunes en bas âge pour qu’ils apprennent à en parler eux-mêmes et que ça arrête d’être aussi caché », croit Bilbo Cyr.

Ce dernier ajoute que L’art des Fous est une source de grande fierté pour les membres du collectif, qui en sont pour plusieurs à une toute première expérience d’écriture. La préface est signée par nul autre que l’auteur David Goudreault, porte-parole du Mouvement Santé mentale Québec. La page couverture est quant à elle l’oeuvre d’un jeune homme de la région, Kevin Arsenault Poliquin. Le lancement est prévu le 16 juin.


Les témoignages sont accompagnés d’une vingtaine de photos artistiques, dont celle-ci. Ces photos ont été réalisées par une participante, Ophélie Dubord Talbot. Photo : Offerte par Ophélie Dubord Talbot

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La morve au nez

Orbie

CAP-D’ESPOIR | Si Orbie a illustré huit albums jeunesse en plus d’une série de quatre petits livres, l’artiste est également autrice; elle a d’ailleurs récemment lancé un troisième album de son cru, baptisé La morve au nez, une histoire de rhume des plus cocasses.

Que faire avec un nez qui coule au réveil lorsqu’on n’aime pas se faire moucher par sa mère? C’est la question qui deviendra la prémisse des péripéties du petit Louka, qui tentera de se débarrasser par lui-même, comme un grand, de son petit problème. « Je n’ai pas eu besoin d’aller chercher bien loin. Tout est inspiré de choses que j’ai déjà vécues ou vues ou alors que des parents m’ont racontées », lance en riant l’autrice qui est aussi maman de deux enfants.

Le lancement en ligne de l’oeuvre proposait d’ailleurs un « test d’honnêteté » destiné aux enfants, qui devaient cocher les différents lieux où ils ont déjà essuyé leur nez. Cette petite expérience a vite fait de confirmer qu’Orbie ne s’était pas éloignée de la réalité en créant sa fiction. « Je pense que ce n’est pas tant exagéré, dans mon livre, c’est juste qu’ils ne font pas tout ça dans le même avant-midi », s’esclaffe l’artiste, de son vrai nom Marie-Eve Tessier-Collin.

Inspirée du neveu de quatre ans de la créatrice, l’histoire des plus ludiques fera évidemment rigoler les tout-petits. « Les enfants l’adorent! », lance sans détour la Gaspésienne, fort satisfaite du résultat final. L’album, déjà disponible en librairie, parviendra également à décrocher un sourire aux plus vieux. « Il n’y a pas un parent qui ne va pas se reconnaître dans l’une des situations », assure Orbie.

Après avoir imaginé « une histoire de morve en pleine pandémie », l’autrice et illustratrice de Cap-d’Espoir planche déjà sur sa prochaine oeuvre. Son prochain album jeunesse, tout aussi ludique, mettra cette fois-ci en vedette des poux déçus par la crise sanitaire et par la distanciation sociale. La fin des poux ! sera en effet publié l’automne prochain.


Voici la page couverture de La morve au nez, le plus récent album jeunesse signé Orbie. Photo : Offerte par Orbie

Glauque : Là où la terre se termine

Joyce Baker

GRANDE-RIVIÈRE | Joyce Baker livre, avec Glauque : Là où la terre se termine, une image de la Gaspésie à mille lieues des paysages de carte postale, des chaudes soirées d’été et de l’air salin qui chatouille les narines. Et c’est exactement cette péninsule authentique que l’autrice, qui signe sa toute première oeuvre, voulait dépeindre.

« Je ne l’aime pas, moi, la Gaspésie polie. Ce n’est pas ma Gaspésie à moi, je l’aime escarpée », résume d’emblée la chercheuse en littérature de 31 ans. Originaire de Grande-Rivière et revenue s’y établir en raison de la pandémie, celle qui a étudié la théorie s’est lancé dans la pratique pour la toute première fois avec une participation au recueil Stalkeuses : 16 nouvelles indiscrètes, en 2019. Elle l’a d’ailleurs codirigé aux côtés de Fanie Demeule. Cette première expérience au-delà de l’analyse l’a poussée à persévérer en rédaction.

Fascinée par l’invisible, qu’il soit religieux ou scientifique, la Gaspésienne a tout naturellement versé dans les récits et contes occultes puisés à même ses souvenirs d’enfance, des souvenirs où le paysage gaspésien n’est pas que source d’émerveillement, mais également de mystères, de légendes et de frayeurs. « C’était “rentre avant 19 h, sinon tu vas te faire kidnapper”, ou “fais attention pour ne pas tomber en bas du cap”. Il y avait des peurs reliées à la nature, à la mer », explique l’autrice. « Ce n’est pas nécessairement une peur négative, enchaîne-t-elle, mais une peur qui relève de la grandeur, du respect et de la force des éléments. »

Glauque : Là où la terre se termine, est composée de neuf histoires qui communiquent entre elles; l’oeuvre se veut donc, aux yeux de sa créatrice, davantage un roman qu’un recueil de nouvelles. Le bouquin, lancé en mars dernier, fait par ailleurs place à des versions revisitées des récits factuels de deux légendes gaspésiennes bien connues, La table à Roland et Marie, la blanche du rocher.


Joyce Baker a mené de longues études en littérature, se concentrant davantage sur l’analyse que sur l’écriture. Photo : Alyson Baker

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