SAINTE-ANNE-DES-MONTS | D’où viendraient les spécimens qui nageraient dans les bassins du pavillon des requins? « Ils viendraient du Saint-Laurent, répond Mme Gauthier. Parmi eux, il y a l’aiguillat noir, qui n’est pas en voie de disparition. Mais, avant d’aller chercher des requins en mer, on lancerait un appel auprès de nos réseaux d’échanges nord-américains. »
Certains observateurs se demandent s’il est éthique de garder des requins en captivité? Le professeur en écophysiologie des poissons à l’ISMER répond par une question. « Est-ce que les gens se questionnent de la même manière pour les autres types de poisson? », demande David Deslauriers.
La pratique entourant les poissons en captivité est régulée par le Comité canadien de protection des animaux (CCPA), dont M. Deslauriers est membre. Le CCPA dicte les normes visant le respect des animaux. « Il y a des règles à suivre. La mission d’Exploramer repose sur l’éducation et la sensibilisation. Ça offrirait la possibilité aux gens de voir des requins qu’ils ne verraient pas normalement. Il y a vraiment du bon là-dedans, mais il faut que ce soit fait de la bonne manière et je suis certain qu’Exploramer suivra les règles. »
Selon le chercheur, Exploramer a aussi fait ses devoirs sur le plan scientifique. « Ils ont envoyé le vétérinaire, le Dr Stéphane Lair, et un de leur technicien en Europe, où il y a des aquariums dans lesquels on garde des aiguillats depuis plusieurs années. Ils sont allés voir comment les aquariums étaient aménagés, comment ils s’en occupent. Ils ont pu en apprendre davantage sur les problèmes associés à la captivité pour éviter de répéter certaines erreurs qui ont pu être faites par le passé. »
Dans l’éventuel pavillon des requins, M. Deslauriers serait intéressé à étudier le comportement, la biologie et l’écologie de ce gros poisson. « Il est méconnu parce qu’il vit dans des habitats très profonds. Ça aiderait à la connaissance de les avoir à portée de main. »
Une demande d’entrevue a été déposée auprès de l’Observatoire des requins du Saint-Laurent. « L’Observatoire des requins du Saint-Laurent n’est aucunement impliqué ou associé à ce projet, a fait savoir par écrit le scientifique en chef, Jeffrey Gallant. Nous ne commentons pas les dossiers qui ne sont pas directement liés à nos travaux. »
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L’aiguillat est difficile à observer parce qu’il vit à de grandes profondeurs. Photo : Offerte par Exploramer
Selon Sandra Gauthier, huit espèces de requins nagent dans les eaux du Saint-Laurent et sept d’entre elles sont en péril. « Donc, c’est urgent que le Canada commence à faire de la recherche sur les requins parce que ce sont les nettoyeurs du Saint-Laurent. C’est aussi notre écosystème et notre santé en tant qu’humains qui sont en jeu. C’est le mandat d’un musée de faire de la recherche avec une expertise qui pourrait être développée ici. »
La dirigeante de l’institution muséale se dit agréablement surprise du nombre d’universités québécoises et de centres de recherche qui se sont déjà montrés intéressés par le projet. « Plutôt que d’amener les chercheurs aux requins, on amène les requins aux chercheurs. C’est aussi un potentiel économique pour Sainte-Anne-des-Monts d’amener ici des professeurs et des chercheurs avec leur famille. La Haute-Gaspésie en a réellement besoin! »
Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie halieutique à l’UQAR-ISMER [Université du Québec à Rimouski – Institut des sciences de la mer] est enthousiaste face au projet. « C’est une bonne idée de mettre ce poisson en valeur parce que souvent, les gens ont l’impression que lorsqu’on parle du requin, c’est le requin blanc, explique Dominique Robert. Ce sont des espèces qui marquent l’imaginaire. Mais, je crois que la majorité des Québécois ne savent pas que les requins les plus abondants du Saint-Laurent sont de petits requins qui mangent du poisson et qui vivent dans les eaux de fond. »
Selon le professeur, le requin est un sujet mystérieux qui retient l’attention. « Donc, d’avoir une exposition ou des bassins qui présentent la réalité des requins du Saint-Laurent est une bonne idée. »
M. Robert indique d’ailleurs que l’UQAR soutient le projet, notamment pour étudier l’aiguillat noir, qui est la seule espèce de requin qui vit en permanence dans les eaux du Saint-Laurent. « Comme ce n’est pas une espèce d’importance commerciale, on ne connaît pas grand-chose de la biologie ou de l’écologie de ce poisson. Depuis les dernières années, il y a une augmentation de son abondance. On voit ça par les relevés du MPO [ministère des Pêches et des Océans du Canada] au chalut de fond. L’espèce semble réagir positivement aux changements climatiques; ce serait une espèce gagnante. »

Lire la première partie du dossier – Projet de pavillon des requins d’Exploramer : où est le frein?
MARSOUI | Née à Sherbrooke en 1985, la danseuse, chorégraphe, cinéaste, commissaire et chercheuse en arts vivants, Priscilla Guy, a parcouru le monde. En 2018, c’est à Marsoui qu’elle trouve son point d’ancrage. Fondatrice de Mandoline hybride, un organisme dont la mission est le développement de l’art contemporain avec la danse comme principale référence, Marsoui deviendra le théâtre de plusieurs initiatives culturelles : Regards hybrides, Salon58, festival de danse contemporaine Furies, L’Hybride-café & librairie.
En plus de participer à divers événements internationaux, Priscilla Guy publie des textes dans des revues d’art comme Moebius, Moveo, Dance Current et 24images. Elle collabore aussi à des publications académiques comme autrice ou comme directrice d’ouvrages pour les éditions Oxford et Routledge ainsi que pour l’Universidad de las Américas Puebla.
Détentrice d’un doctorat en études féministes et ciné-danse de l’Université de Lille en France, elle est membre des conseils d’administration de Studio 303, d’Orange noyée ainsi que de la Corporation de développement de la Haute- Gaspésie et des Chic-chocs. L’artiste a reçu le prix Culture des Offices jeunesse internationaux du Québec (LOGIQ) en 2012 et le prix Étincelle des Prix de la danse de Montréal en 2022. La néo-Gaspésienne a aussi été sacrée artiste de l’année 2024 par le Conseil des arts et des lettres du Québec. La distinction lui a été remise à Paspébiac le 19 juin par Culture Gaspésie. Cet honneur est assorti d’une bourse de 10 000$.

La danseuse, chorégraphe, cinéaste, commissaire et chercheuse en arts vivants, Priscilla Guy. Photo : Offerte par Priscilla Guy
Enfance baignée dans l’art
Née de deux parents résolument tournés vers toutes les formes de culture, la jeune Priscilla a baigné pendant toute son enfance et son adolescence dans un univers où « l’art était admiré ». « On avait un passeport jeunesse de l’Université de Sherbrooke, ma soeur et moi. Les parents nous amenaient beaucoup à aimer les arts. Sherbrooke est une ville très artistique. Il y a beaucoup d’offres. »
Le papa jouait de la guitare classique. Après des études universitaires en philosophie et en travail social, Normand Guy a travaillé comme mécanicien, puis comme enseignant en mécanique. « Papa était abonné à Columbia et il nous permettait, ma soeur et moi, de choisir un CD, un seul, sans droit de regard », se souvient Priscilla.
Au diapason avec le reste de la famille pour son amour de l’art, la maman, Dominique Bolduc, a été téléphoniste chez Bell et adjointe administrative.
Un oncle, Yvon Guy, était artiste peintre. Audrey, la soeur cadette de Priscilla, est psychoéducatrice et « un peu artiste ». « Elle a baigné dans la photographie et a toujours été intéressée par l’art. » Dès l’âge de 5 ans, Priscilla Guy a commencé à faire du patinage artistique. La danse est arrivée également très tôt, soit vers l’âge de 6 ou 7 ans.
Études
Priscilla complète ses études secondaires à l’école Mitchell-Montcalm de Sherbrooke au sein du programme Arts et culture, avant de s’inscrire en danse au Cégep de Drummondville. Après son diplôme d’études collégiales, elle entreprend un baccalauréat dans la même discipline à l’Université du Québec à Montréal, qu’elle abandonne après un an, faute d’intérêt. Elle décide donc de s’inscrire au baccalauréat en beaux-arts à l’Université Concordia à Montréal, tout en continuant à s’entraîner en danse de façon autodidacte.
En 2011, elle obtient son diplôme de maîtrise en danse de l’Université York à Toronto au sein du programme de chorégraphie et de dramaturgie. « La scène anglophone est vraiment différente sur le plan esthétique, précise-t-elle. J’ai vraiment aimé ça. »
En 2015, elle commence ses études de doctorat à l’Université de Lille. « Je passais beaucoup de temps en France, mais je voulais garder mes ancrages au Québec. Je me suis intéressée à la pratique d’autres artistes. Ça m’a beaucoup nourrie et soutenue. » Elle a étalé ses études doctorales sur sept ans parce qu’elle oeuvrait simultanément à 1001 projets. « J’ai été diplômée le 30 juin 2022. Même si c’était exigeant, j’ai aimé ça tout le temps. »
Mandoline hybride
En 2007, après avoir complété son baccalauréat, Priscilla Guy fonde sa compagnie de danse Mandoline hybride. Pourquoi ce nom? « Dans les camps de jour, mon nom de camp était Mandoline, répond-elle en souriant. Hybride, c’est parce que la danse est abordée sous différents angles. » La même année, elle travaille comme agente de bureau pour le Regroupement québécois de la danse à Montréal, tout en créant des spectacles multidisciplinaires in situ.
Après sa maîtrise en Ontario, elle revient au Québec en 2011 pour travailler au Théâtre La Chapelle de Montréal, à titre de directrice des communications. L’année suivante, elle fonde le projet Regards Hybrides, qui a pour mandat de favoriser l’articulation, le développement et le rayonnement des pratiques artistiques conciliant danse et cinéma. Sa plateforme Web permet de partager les ressources existantes en ciné-danse, en plus de lier entre elles des structures investies dans son déploiement.
L’événement des Rencontres internationales Regards hybrides, tenu en 2017 et 2019 en collaboration avec Tangente, a rassemblé plusieurs dizaines de spécialistes et d’artistes autour de l’interaction entre la danse et le cinéma à l’ère du numérique et du développement des nouvelles technologies.
Regards hybrides offre également des formations professionnelles et scolaires ainsi que des services d’accompagnement aux artistes, diffuseurs et autres acteurs du milieu artistique via son Escouade spécialisée. L’an dernier, Regards hybrides a lancé sa collection de ciné-danse sur le Web, regroupant plus d’une soixantaine d’oeuvres canadiennes et une trentaine de contenus complémentaires exclusifs, comme des entretiens, des textes ou des archives.
L’idée d’acheter une maison
Il y a quelques années, Priscilla Guy a participé aux Rencontres de création à Natashquan pendant 10 jours avec le musicien Benoît Paradis. « Chaque jour, on faisait connaître nos créations, nos bouts d’oeuvres. Moi, j’avais un projet vidéo et Benoît en avait un en musique. » Puis, Priscilla Guy et Benoît Paradis Trio ont présenté une déambulation chorégraphique intitulée Installations mouvantes dans le cadre d’une tournée qui les a conduits à Grande-Vallée.
Ces expériences se révèlent être la bougie d’allumage d’un projet : acheter une maison pour offrir des résidences de création. « On a regardé sur Centris avec certains critères, dont le prix, raconte Priscilla. Mais, en raison du prix et comme on n’avait pas de critère géographique, on nous proposait des maisons en dehors de Montréal et on est tombés sur une maison à Marsoui! »

Priscilla Guy, à droite, avec la danseuse Claudia Chan Tak, à gauche. Crédit photo: Moïse Marcoux-Chabot
Marsoui, lieu de création
En 2018, Priscilla Guy et Benoît Paradis achètent donc la fameuse maison à Marsoui. Cela représentait toutefois tout un défi pour le développement de leurs projets. « Au début, on ne pouvait pas utiliser le téléphone cellulaire et on n’avait pas Internet », se remémore-t-elle.
Cela n’entrave pas pour autant la fondation de Salon58 visant à offrir un espace de création et de résidences d’artistes. Pourquoi le nom Salon58? « C’est notre adresse, répond simplement Priscilla. Tous les spectacles se donnent dans le salon, assis sur des sofas. »
L’année suivante, Mandoline hybride lance le festival Furies, qui a pour objectif d’offrir des spectacles in situ un peu partout dans le village de Marsoui. « La première édition était un projet pilote, qui a été un très beau succès, tant pour les artistes que pour le public », souligne la directrice artistique. L’événement célèbre cet été son 5e anniversaire.
En 2020, dès le début de la pandémie, Priscilla Guy prend la décision de déménager à Marsoui à temps plein. « Tout a déboulé. Pendant la pandémie, on a reçu une trentaine d’artistes en résidence. »
Les projets ne s’arrêtent pas là. En septembre 2022, l’organisme sans but lucratif ouvre L’Hybridecafé & librairie à Marsoui. La vente de livres se fait en collaboration avec la librairie féministe L’Euguélionne de Montréal. « On offre un menu à boire et à manger avec des produits 100 % locaux, décrit fièrement l’artiste. C’est un lieu rassembleur au coeur du village. On offre des tarifs de location d’espaces pour les gens de la Haute-Gaspésie. On a aussi une équipe sportive de plage pour l’été. »
L’endroit dispose de stations ergonomiques de télétravail. L’Hybride est également un point de vente des produits d’apothicaire de Clou de girafe, une entreprise artisanale membre de la Coop du Cap à Cap-au-Renard.
CAP-CHAT | Pour son quatrième ouvrage sur la Gaspésie, Steeve Landry publie Cap-Chat, captivante et chatoyante, qui est le 73e numéro de la collection 100 ans noir et blanc des Éditions GID. Avec son dernier livre, l’auteur propose ni plus ni moins qu’un parcours illustré en noir et blanc de l’histoire de sa ville natale, pendant la période de 1860 à 1960.
Les 208 pages du livre contiennent 200 photographies anciennes commentées et organisées par thèmes. Chaque photo est accompagnée d’un texte qui raconte tantôt des souvenirs, tantôt des scènes de vie témoignant des sphères culturelle, sociale, économique, religieuse, militaire, architecturale, patrimoniale ou autres. « C’est une photo et un texte par page », résume l’auteur qui vit aujourd’hui à Rimouski.
Pour Steeve Landry, l’objectif consiste donc à faire découvrir l’histoire de son alma mater en textes et en images. « Je pense très humblement qu’on vient combler un gros vide dans l’histoire de Cap-Chat. On est à une époque où plusieurs personnes nous quittent. C’est une mémoire collective qu’il faut préserver. » Selon lui, des panneaux d’interprétation pourraient découler de cette source d’information riche en histoire. Ceux-ci pourraient être installés dans différents lieux stratégiques de cette municipalité de la Haute-Gaspésie. « Ce livre va déboucher sur d’autres projets parce que l’histoire ne ment pas », assure le Cap-Chatien d’origine.

L’auteur Steeve Landry est aussi animateur de radio. Photo : Johanne Fournier
Un an de recherche et de rédaction
Il aura fallu un an à Steeve Landry avant de réussir à mettre la main sur les 200 photos et à écrire les textes. Une fois les photos et les textes déposés, la maison d’édition a rassemblé tout cela en chapitres thématiques.
M. Landry a été aidé, dans sa recherche de photos et sa quête d’information, par Stéphane Lemieux de la Ville de Cap-Chat. « Pendant un an, on a cogné à des portes pour trouver des photos historiques, raconte l’auteur. Rendu en décembre, on avait ramassé 70 à 75 photos. Puis, à partir du début de l’année, à force de faire des appels, les photos ont commencé à tomber du ciel. »
« Une mine d’or »
Pendant 100 ans, l’économie de Cap-Chat a reposé sur les activités de la scierie de la James Richardson Company, jusqu’à l’incendie du moulin à bois en 1975. Grâce à des appels lancés sur Facebook, Steeve Landry reçoit un coup de fil d’une dame, une anglophone qui se nomme Roberta Stark.
« Elle me dit qu’elle est la fille unique de Maude Molly Russell, soeur de James Jim Russell, dernier dirigeant de la James Richardson Company. Elle me dit qu’en 1900, sa famille était la seule à avoir un appareil photo. Elle a une maison à Métis-sur-Mer. Je suis donc allé la rencontrer à sa résidence l’été dernier et elle m’a remis l’album des archives de la famille Russell. Ça a été une mine d’or! »
Il a aussi reçu des photos de Robert Samuel McLaughlin pêchant sur la rivière Cap-Chat avec ses invités, photos qui provenaient de Packwood National Historic Site Archive, en Ontario. Le colonel McLaughlin, qui a vécu de 1871 à 1972, a été président de General Motors Canada. « Chaque été, il pêchait le saumon sur la rivière Cap-Chat, mentionne M. Landry. Il arrivait au début juin et repartait en août. »
Plusieurs collaborations
Le Musée de la Gaspésie et la Société d’histoire de la Haute-Gaspésie ont aussi été d’une aide fort appréciée pour l’auteur. Une dizaine de personnes ont également participé à la collecte de photos et d’information, dont Bernard Lemieux, Yves Fournier et Langis Paradis, tous trois de Cap-Chat. « Même ma famille avait des photos intéressantes », indique M. Landry. Plusieurs images ont, de plus, été trouvées à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Toutes les photos ont été numérisées par la Société d’histoire de la Haute-Gaspésie et font l’objet d’une exposition dans les locaux de l’organisme de Sainte-Anne-des-Monts depuis le 1er juillet.
Diplômé en techniques d’architecture, Steeve Landry cumule autant d’années d’expérience comme chargé de projet dans le domaine de l’ébénisterie que comme animateur radiophonique. Depuis l’an dernier, il est derrière le micro de la station FLO-FM de Rimouski.
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Des mots, des notes et des images ; De la montagne à la mer : Suzanne Guité
Des mots, des notes et des images ; Biographie d’un inconnu
Des mots, des notes et des images ; Marie-Ève Trudel Vibert
BONAVENTURE | Courir sur les sommets des Chic-Chocs, dévaler des chutes en canyoning, observer le caribou, plonger avec les phoques ou escalader des falaises de la Gaspésie. Voilà autant d’activités suggérées par Tommy Ferlatte dans son film Ma Gaspésie et ses trésors cachés. Le cinéaste originaire de Bonaventure nous invite aussi à le suivre sur la plage, que ce soit pour admirerles couchers de soleil ou pour un tête-à-tête en amoureux.
Le long métrage de 93 minutes propose un grand tour de la région touristique de la Gaspésie, soit la boucle complète de Sainte-Flavie à Sainte-Flavie. L’oeuvre sortie l’an dernier a été diffusée par Les Aventuriers Voyageurs dans 75 villes du Québec. « Le film était présenté à côté du Portugal et de l’Italie » , mentionne fièrement l’enseignant en multimédia du Cégep de Matane depuis 17 ans. « Le film a été parmi les plus populaires de la série Les Aventuriers Voyageurs. »
L’oeuvre a aussi été présentée dans des festivals de cinéma. En avril dernier, le long métrage a remporté un prix international EMA (Emerging Media Award) décerné par Summit International Award pour la meilleure innovation en expérience utilisateur.
Lors de son dernier gala reconnaissance, la Chambre de commerce et d’industrie Baie-des- Chaleurs a décerné à l’artiste natif de la région le prix hommage Performance et rayonnement pour sa contribution à la promotion de la Gaspésie pendant 10 ans et pour ses 1000 réalisations. « On a fait l’historique de mes 30 ans en multimédia, relate Tommy Ferlatte. On m’a quasiment fait pleurer! »
Une longue aventure
Au milieu des années 2010, Tommy Ferlatte propose à la cinéaste Sarah L’Italien de Sainte-Anne-des-Monts de produire avec lui un film portant sur la Gaspésie, mais qui serait différent de ce qui se faisait à ce moment-là. Puis en 2013, la chaîne Évasion communique avec le réalisateur qui partage sa vie entre Matane et Bonaventure, où il possède une maison. « J’ai fait trois pilotes, soit trois émissions de 5 minutes, raconte-t-il. C’était la première fois que je faisais ça. »
Évasion lui commande alors une série de 25 épisodes sur la Gaspésie pour une diffusion sur le Web qui commence à la fin de 2013. Par la suite, la chaîne lui propose une série sur la Gaspésie en hiver. Après deux ans, 51 épisodes seront diffusés pendant trois saisons. « Pour Sarah et moi, ça a été beaucoup d’ouvrage! Évasion voulait qu’on continue, mais j’ai dit non. On avait tout dit. »

L’une de scènes du film Ma Gaspésie et ses trésors cachés, où le réalisateur Tommy Ferlatte escalade la paroi rocheuse du mont Saint-Joseph à Carleton-sur-Mer. Photo : Fournie par Tommy Ferlatte
Ma Gaspésie et ses trésors cachés
Au terme de cette longue aventure avec la chaîne Évasion, Tommy Ferlatte se retrouve avec 320 heures de tournage sur ses disques durs. Avec une équipe de production composée de cinq à six collaborateurs, dont Benoît Bisson de Chok Images de Cap-Chat, le cinéaste a l’idée de produire un film. « Benoît et moi, on a tourné ce qui manquait », indique Tommy Ferlatte. Avec un budget de 40 000 $ provenant de divers partenaires financiers, le
documentaire Ma Gaspésie et ses trésors cachés est réalisé. « Je ne l’ai pas fait parce que c’était payant, souligne-t-il. Je l’ai fait pour laisser un legs à ma région. »
Le deuxième long métrage de Tommy Ferlatte présente 160 lieux et autant d’activités tournées pendant 10 ans. « À la fin du film, les gens nous disent que c’est essoufflant, rapporte le réalisateur. C’est un film sportif et d’aventure qui montre la Gaspésie. Il y a beaucoup de plages et de sentiers en montagne. C’est pour attirer les gens en Gaspésie et pour qu’ils puissent voir les activités en nature. Beaucoup de gens qui ont déjà visité la Gaspésie m’ont dit qu’ils n’avaient jamais vu certains coins que je présente. »
Parmi les scènes, certaines présentent des risques. « Je n’avais jamais fait de plongée sous-marine et j’avais peur, soulève Tommy Ferlatte à titre d’exemple. C’était dur pour moi. Il y avait de l’émotion et du danger. Puis, ça a fait de la bonne télé! »
Il y a aussi du placement de produits. « Par exemple, pour illustrer la Gaspésie romantique, on voit une bouteille de vin de la Ferme Bourdages », précise l’homme de 49 ans. Personnage central de son film, le Gaspésien ne manque pas d’humour et ne craint pas non plus l’autodérision par moment. Une autre motivation guide Tommy Ferlatte dans la fabrication de ce film : « donner le goût de la Gaspésie pour que des gens viennent s’y établir ». « Mon but n’est pas d’attirer 100 personnes. Mais, si on réussit à en attirer 50 ou 60, ce sera ça! »
Pour lire les autres articles :
Des mots, des notes et des images; Louis Bérubé
Des mots, des notes et des images; Gaspa Vidéo
RUISSEAU-À-REBOURS – Moris Giard, sa sœur Alanis et la meilleure amie de celle-ci, Lili Ouellet, se disent maniaques de planche à neige. De nature altruiste et animés d’un esprit entrepreneurial, les trois adolescents de La Haute-Gaspésie ont développé le projet Ski phoque le club, qui a pour objectif d’améliorer l’accès à la planche à neige et au ski alpin pour les jeunes du secondaire qui habitent le secteur est de La Haute-Gaspésie.

Alanis Giard, Moris Giard et Lili Ouellet sont les trois promoteurs de Ski phoque le club. Photo : Johanne Fournier
Le territoire ciblé s’étend plus précisément de Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine à La Martre. L’objectif ultime de Ski phoque le club? Faire bouger les jeunes, leur faire prendre l’air, les éloigner des écrans pendant une journée et pallier l’absence de transport en Haute-Gaspésie. Pour pratiquer leur sport, Moris, Alanis et Lili peuvent compter sur leurs parents pour les conduire au Centre de plein air de la Haute-Gaspésie à Sainte-Anne-des-Monts… lorsque, bien sûr, il y a de la neige! Cette distance est de 94 km aller-retour pour les Giard qui habitent Ruisseau-à-Rebours et de 108 km aller-retour pour Lili, qui réside à Mont-Saint-Pierre.
« J’ai commencé à faire du ski à l’âge de 4 ans et ma sœur, à l’âge de 2 ans », raconte Moris, aujourd’hui âgé de 15 ans. Depuis trois ou quatre ans, on fait seulement de la planche. » Avec leurs parents, Moris et Alanis ont même fait des expéditions de planche à neige d’une durée de trois à six mois dans d’autres pays. « Moi, j’ai toujours fait de la planche », ajoute Lili, âgée de 12 ans.
Genèse du projet
Conscients que ce ne sont pas tous leurs congénères qui ont la chance de pratiquer un sport de glisse et d’avoir des parents pour les conduire au centre de ski, le garçon et les deux filles ont imaginé un projet pour favoriser l’accès à tous les jeunes du secondaire du secteur est de La Haute-Gaspésie. « Nous avions eu l’idée d’un autobus pour amener les jeunes à Sainte-Anne », soulève Alanis, 13 ans. Sa mère a donc communiqué avec la Régie intermunicipale de transport Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (RÉGÎM) afin de vérifier l’intérêt. « On m’a dit que ce n’était pas possible », indique Christine Dion.
Or, en parlant avec l’agente Virginie Gagné du Carrefour Jeunesse Emploi Haute-Gaspésie, celle-ci a proposé l’idée que le transport soit assumé par des bénévoles. Ainsi, avec le soutien de l’organisme, des parents ont été recrutés afin d’offrir bénévolement aux jeunes sportifs le transport, tous les samedis, vers le Centre de plein air. Une fois le projet lancé, la RÉGÎM a communiqué avec Mme Dion pour lui faire part de son intérêt à offrir le transport. L’engagement et les modalités restent à confirmer.
Par ailleurs, un bénévole de Sainte-Anne-des-Monts offre aussi ses services pour faire découvrir à cette jeune clientèle le ski hors-piste. Il lui propose également une sortie en skis munis de peaux de phoque.

Les trois jeunes entrepreneurs se disent maniaques de planche à neige. Photo : Johanne Fournier
Financement
La jeune équipe d’entrepreneurs souhaite obtenir du financement afin d’offrir le billet d’admission pour la journée de ski ou de planche à neige à faible coût, soit à 5 $ pour la journée au lieu de 22 $. Un rabais pourrait aussi être consenti sur la location d’équipements. De plus, si les sommes amassées le permettent, le billet pourrait être offert gratuitement aux bénévoles qui assumeront le transport. « L’idéal serait qu’ils skient avec les jeunes, ce qui créerait des échanges intergénérationnels », espère Christine Dion.
Alanis Giard souhaite aussi la collaboration de Récup alimentaire Haute-Gaspésie ou une commandite du supermarché Metro de Sainte-Anne-des-Monts afin d’offrir gratuitement le lunch aux jeunes participants.
Défis
Si sept à huit parents de Mont-Saint-Pierre, Mont-Louis et L’Anse-Pleureuse ont déjà confirmé leur engagement bénévole dans le projet, d’autres défis attendent les trois adolescents. Outre le faible couvert neigeux de cet hiver qui représente déjà un défi, peu de jeunes ont répondu à l’appel. Outre les trois instigateurs du projet, seulement trois autres adolescents se sont inscrits.
« On a l’impression qu’ils ne nous prennent pas au sérieux, se désole Moris. Sa sœur estime, pour sa part, que c’est peut-être en raison du badminton qui est pratiqué à l’école secondaire Saint-Maxime, à Mont-Louis, et qui est très populaire. Des tournois sont organisés les fins de semaine, ce qui peut empêcher ces jeunes adeptes de badminton de s’adonner à un sport de glisse le samedi. Lili Ouellet, elle-même une joueuse de badminton, ne peut pas faire de la planche à neige lorsqu’elle participe à des tournois.
Origine et identification
Le nom Ski phoque le club a été suggéré par le papa de Moris et d’Alanis, Louis Giard. « Le phoque est un animal représentatif de la Gaspésie, explique Moris. Puis, le ski, c’est le but du projet. Enfin, Ski phoque le club, ça fait ado et les ados, ce sont eux qu’on veut cibler. »
Les trois amis ont créé une page Facebook. Aussi, question de développer un sentiment d’appartenance et d’identifier les participants au projet, les trois jeunes entrepreneurs projettent de produire des T-shirt, des macarons et des autocollants à l’effigie de Ski phoque le club. « Étant déjà en fin de saison, ça ira probablement à l’hiver prochain, en espérant qu’on aura plus de neige que cette année », envisage Moris Giard.
Pour information, consultez la page Facebook de Ski phoque le club : https://www.facebook.com/profile.php?id=61555812317963&locale=fr_FR

Alanis Giard, Moris Giard et Lili Ouellet ont créé une page Facebook pour leur projet Ski phoque le club. Photo : Johanne Fournier
SAINTE-ANNE-DES-MONTS | La dernière décennie a été catastrophique pour la crevette nordique, alors que les stocks n’ont cessé de s’effondrer. Les quantités de perles roses sont en chute libre dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent.
Si elle a évité d’instaurer un moratoire sur la pêche de ce petit crustacé, la ministre fédérale des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Diane Lebouthillier, a néanmoins autorisé un très faible quota pour la prochaine saison : 3060 tonnes. Pour le Québec, on parle de 1080 tonnes que devront se partager les pêcheurs qui, sur les 39 qui détiennent un permis de pêche à la crevette, décideront de prendre la mer.
Il s’agit d’une baisse draconienne de 79 % du total autorisé des captures (TAC) par rapport à celui de l’année dernière, qui s’établissait à 14 524 tonnes. Mais la ressource était si rare qu’à peine un peu plus de 5000 tonnes ont été pêchées par les crevettiers du Québec, du Nouveau-Brunswick et de Terre-Neuve-et-Labrador, alors qu’il y a 10 ans, le contingent était de 30 711 tonnes.

La ressource est si rare qu’à peine un peu plus de 5000 tonnes ont été pêchées en 2023 par les crevettiers du Québec, du Nouveau-Brunswick et de Terre-Neuve-et-Labrador, alors qu’il y a 10 ans, les prises étaient de près de 30 000 tonnes. Photo : Johanne Fournier
Pêcheurs déçus, mais pas surpris
Comme les crevettiers vivent des temps difficiles depuis quelques années, c’est donc dire qu’ils appréhendent le pire. S’ils ne peuvent faire autrement que d’être déçus, ils n’ont cependant pas été surpris de l’annonce de la ministre. « Les pêcheurs savent bien que la biomasse n’est plus ce qu’elle était », témoigne le directeur de l’Office des pêcheurs de crevette du Québec, Patrice Élément.
Même son de cloche du côté de l’Association des capitaines-propriétaires de la Gaspésie. « C’est ce que les scientifiques avaient proposé, et on était d’accord, corrobore le crevettier et président de l’organisme. On n’avait pas le choix! » Avec un si faible volume par pêcheur, la rentabilité sera cependant impossible à atteindre, croit Vincent Dupuis. « Ça représente un voyage de pêche! Mais au moins, on va pouvoir faire une pêche dirigée qui va donner des renseignements aux scientifiques. »
Porte de sortie pour les usines?
Comme les débarquements seront trop faibles pour faire fonctionner les trois usines de transformation de Matane (voir l’encadré sous ce texte), de Rivière-au-Renard et de L’Anse-au- Griffon, qu’est-ce qui les alimentera donc? « De la crevette importée, qu’on appelle la double frozen, répond le directeur général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche, Jean-Paul Gagné. Marinard [à Rivière-au-Renard] en produit actuellement. » Ce sera donc l’une des seules portes de sortie pour ces usines. Notons que l’usine Les Fruits de mer de l’Est du Québec à Matane transformait également le crabe et le homard.
Bien que la ministre Lebouthillier ait annoncé la réouverture de la pêche au sébaste, ces entreprises ne transformeront pas ce poisson. « Aucune n’a de permis pour transformer le sébaste », confirme M. Gagné. Notons cependant que l’entreprise Les Pêcheries gaspésiennes de Rivière-au-Renard, qui a développé une expertise de transformation du sébaste issu d’une pêche exploratoire, continuera à traiter le fameux poisson rouge.
Sombres perspectives
Les perspectives de l’état des stocks de crevette nordique du Saint-Laurent n’annoncent rien de bon à court et à moyen termes. Les conclusions de la dernière évaluation scientifique réalisée par le ministère fédéral des Pêches et des Océans (MPO) ne fait pas état de nouvelles cohortes de la ressource. « Les stocks sont à leur plus faible niveau d’abondance que l’on a mesuré depuis 1990 », atteste le biologiste en évaluation des stocks de crevette du MPO, Hugo Bourdages.
Il est toutefois difficile, pour le scientifique, de donner une valeur absolue de la quantité de crevettes dans le golfe. Il préfère parler de trajectoire des stocks et de valeurs relatives. Pour illustrer son propos, il indique que la zone Sept-Îles est aujourd’hui estimée à environ 5 % du niveau d’abondance de la biomasse du début des années 2000, alors que la zone Anticosti est à 17 % et la zone Esquiman à 37 %.

Conditions écosystémiques défavorables
« La crevette est exposée à des conditions écosystémiques de plus en plus défavorables dans le golfe, constate le spécialiste de l’Institut Maurice-Lamontagne à Mont-Joli. On a juste à penser à l’augmentation de la température et à la perte d’oxygène des eaux profondes. Il ne faut pas oublier l’augmentation de la prédation par le sébaste. Rien ne nous indique que ça va s’améliorer dans les prochaines années. »
Parlant du sébaste, il n’est pas possible, selon M. Bourdages, d’évaluer la quantité annuelle de crevettes nordiques que ce poisson consomme. « Pour y arriver, il faudrait faire plusieurs hypothèses avec beaucoup d’incertitude. On préfère dire que la biomasse de sébaste était, il y a 15 ans, de moins de 100 000 tonnes et qu’elle est aujourd’hui d’environ 3 millions de tonnes. » La population de sébastes a donc augmenté de 30 fois en une décennie et demie.
Hugo Bourdages est aux premières loges pour constater combien le golfe du Saint-Laurent est en transformation. « Il y a des espèces gagnantes et d’autres qui sont perdantes, comme la crevette nordique. Il va falloir que, dans le futur, l’industrie puisse s’adapter à ces changements pour exploiter des espèces qui vont bien et diminuer la pression de la pêche sur celles qui sont défavorisées. »
Inquiétude et espoir
Une diminution de la productivité observée dans les stocks de crevette sème de l’inquiétude relativement au renouvellement des cohortes. « Il y a une faible abondance de petites crevettes », confirme Hugo Bourdages. De plus, les scientifiques constatent une perte de l’habitat du petit crustacé en raison du réchauffement des eaux profondes.
« L’espoir, pour la crevette du golfe, c’est qu’elle puisse retrouver localement des conditions de température et d’oxygène qui vont lui être favorables, souhaite l’expert. La distribution de la crevette dans le golfe est dans de plus faibles profondeurs de son aire de distribution habituelle. Donc, l’habitat du futur de la crevette sera de superficie moindre, ce qui va nous amener à avoir des stocks de plus faible abondance et moins productifs. Mais, il va rester de la crevette dans le golfe. »
Johanne Fournier

Pour lire tout le dossier Pêche :
2/5 CREVETTIERS : À QUAND UN VRAI PROGRAMME D’AIDE?
3/5 LE SÉBASTE EN FORTE ABONDANCE, MAIS EN DÉCLIN
4/5 LES CREVETTIERS À LA RESCOUSSE … OU PAS
5/5 LE TYPE D’ENGIN FAIT TOUTE LA DIFFÉRENCE DANS LA PÊCHE AU SÉBASTE, SELON DOMINIQUE ROBERT
SAINTE-ANNE-DES-MONTS – En marge de la réouverture de la pêche au sébaste, les pêcheurs ont-ils raison de s’inquiéter du retour des bateaux de plus de 100 pieds dans le golfe du Saint-Laurent? Le professeur Dominique Robert de l’Institut des sciences de la mer (ISMER) de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) se préoccupe plutôt de l’engin de pêche utilisé, soit le chalut qui racle le fond, que de la longueur des bateaux. Cette inquiétude est partagée par les pêcheurs.
« C’est un engin peu sélectif, soulève-t-il. On peut se penser au-dessus d’un banc de sébastes et quand on le remonte, il peut y avoir beaucoup de prises accessoires, avec plusieurs autres espèces comme le turbot ou le flétan de l’Atlantique. »
Comme le type d’engin utilisé est peu sélectif, un danger guette ainsi les espèces à statut particulier comme la merluche blanche, dont l’aire de distribution se situe dans les mêmes profondeurs que le sébaste. Si les taux de captures accidentelles de certaines espèces sont trop importants, un enjeu de taille risque de se présenter, de l’avis de M. Robert. « On pourrait en venir à fermer certaines zones de pêche comme on le fait pour protéger la baleine noire. »
Le titulaire de la chaire de recherche du Canada en écologie halieutique ignore le type d’engin qui est utilisé pour la pêche au sébaste. M. Robert mentionne cependant que certaines techniques sont à l’étude pour pêcher cette espèce autrement, dont davantage en surface. « Il y a plusieurs types de chalut qui sont faits pour labourer le fond, dont ceux avec un bourrelet. » Par conséquent, le chalut avec un bourrelet n’est pas désigné pour la pêche au sébaste, estime le scientifique.
En somme, il croit que la pêche au sébaste devra être pratiquée avec précaution. « Ce serait important d’avoir des observateurs en mer pour que ce soit une pêche propre, d’autant plus qu’après 30 ans de moratoire, on a perdu l’expérience de cette pêche-là et parce que le golfe a changé, ajoute-t-il. La réalité, c’est que le Saint-Laurent se réchauffe. Ce serait aussi intéressant d’avoir des données de la pêche au sébaste pour savoir quelles espèces sont pêchées, en plus de ce poisson. » À partir des données qui pourraient être obtenues et à la lumière de l’historique de cette pêche, M. Robert croit qu’une grande réflexion sera nécessaire.

Le professeur Dominique Robert de l’Institut des sciences de la mer (ISMER) de l’UQAR se préoccupe plutôt de l’engin de pêche utilisé, soit le chalut qui racle le fond, que de la longueur des bateaux de pêche au sébaste. Photo : Johanne Fournier
Pour lire tout le dossier Pêche :
1/5 LA PERLE ROSE DU SAINT-LAURENT EN CHUTE LIBRE
2/5 CREVETTIERS : À QUAND UN VRAI PROGRAMME D’AIDE?
3/5 LE SÉBASTE EN FORTE ABONDANCE, MAIS EN DÉCLIN
4/5 LES CREVETTIERS À LA RESCOUSSE … OU PAS
MONT-LOUIS | À l’âge de 10 ans, Guillaume Campion Vallée découvre la musique heavy metal. Il vend sa console Nintendo pour acheter sa première guitare. Une passion venait de naître et ne le quittera plus jamais. Le compositeur et artiste sonore de 36 ans de Sainte-Anne-des-Monts met aujourd’hui son talent et son expertise à contribution pour faire grandir la collectivité de la Haute-Gaspésie par la musique.
Après avoir suivi des cours de guitare pendant plusieurs années et une fois ses études secondaires complétées, le jeune homme obtient un double diplôme d’études collégiales (DEC) en musique, langues et traduction au Campus Notre-Dame-de-Foy, à Saint-Augustin-de-Desmaures, à l’Ouest de Québec
Avec son double DEC en poche, Guillaume revient à Sainte-Anne-des-Monts. Il a 20 ans. Il devient enseignant en musique au secondaire à l’école Gabriel-Le Courtois. Simultanément, il est professeur responsable des classes de guitare à l’École de musique Miransol.
Découverte du « cinéma pour l’oreille »
Sa rencontre avec Rémi Fraser de Sainte-Anne-des-Monts, qui venait d’obtenir un baccalauréat en musique électroacoustique, a été déterminante. « Il m’a parlé de musique faite avec des sons qu’on enregistre en studio de manière abstraite, sans partition. » Un nouvel univers s’ouvre alors à Guillaume Campion Vallée : « le cinéma pour l’oreille », comme certains se plaisent à l’appeler.
La musique électroacoustique consiste à enregistrer des sons provenant de différentes sources, que ce soit de la nature, d’instruments de musique ou d’objets quotidiens, qui sont transformés en studio. « Ça crée une musique qui se rapproche de l’art visuel abstrait, illustre le jeune homme. C’est autant du domaine des beaux-arts que de la musique. C’est souvent impressionniste dans les formes, les textures et les jeux. On sort de l’harmonie pour aller vers le côté textural de la musique. »
Après s’être acheté quelques disques de musique électroacoustique, il monte un « démo » (maquette) qu’il envoie à l’Université de Montréal, où il est admis au programme de baccalauréat en composition de musique
électroacoustique. Il poursuit ensuite à la maîtrise. Les sons instrumentaux et de la nature
constituent son matériel de base. La guitare intervient parfois dans le décor.
Pendant ses études, il rencontre Guillaume Côté, avec qui il forme un duo. Celui-ci deviendra ensuite une entreprise de création numérique appelée Trames. Guillaume Campion Vallée travaille aussi pendant six ans au sein de l’organisme Fusion Jeunesse à Montréal, pour lequel il anime des ateliers de musique dans des écoles. « J’ai toujours aimé faire des projets musicaux avec les jeunes, leur transmettre mon amour de la musique et les amener à exprimer leurs goûts ou leurs idées par la musique. »

Le compositeur et artiste sonore Guillaume Campion Vallée a choisi de revenir en Haute-Gaspésie pour contribuer à faire grandir la collectivité par la musique. Photo : Johanne Fournier
Distinctions
Guillaume s’inscrit à plusieurs concours. Parmi ceux-ci, il participe en 2010 au concours Jeu de temps/Times Play de la Communauté électroacoustique canadienne, où il obtient la quatrième place, ce qui lui permet d’aller présenter sa pièce devant public au Centro Mexicano para la Musica y las Artes Sonoras à Morelia, au Mexique. Il participe trois autres fois à ce concours, où il se classe notamment troisième en 2015.
Il est lauréat de plusieurs bourses et prix. Parmi eux, il reçoit en 2011 une bourse d’excellence académique de la Faculté de musique de l’Université de Montréal. L’année suivante, il fait l’objet d’une mention spéciale du jury au concours Musica-Nova en Tchéquie.
En 2015, il remporte deux bourses qui le mènent à Berlin. La même année, le prix Marcelle lui est décerné pour son projet de maîtrise intitulé Littorale. Ce prix d’excellence rend hommage à l’une des pionnières du programme de composition électroacoustique de l’Université de Montréal, Marcelle Deschênes, originaire de Price, près de Mont-Joli.
Chansons folkloriques de la Haute-Gaspésie
Guillaume Campion Vallée avait entendu parler du répertoire de chansons folkloriques de Tourelle, mis en valeur en 1918 par l’ethnologue Marius Barbeau. « Je me disais qu’il y avait un trésor de folklore qui vient de chez nous et qui avait été oublié pendant 100 ans. » Le sujet devient le tremplin de son mémoire de maîtrise. De 2012 à 2015, il se consacre à ce projet qui se conclut par un documentaire électroacoustique.
« Je suis allé rencontrer des gens, dont l’ancien maire de Cap-Chat et passionné d’histoire, Augustin St-Laurent, qui m’a raconté l’histoire de Marius Barbeau qui arrive avec ses bobines de cire et qui enregistre 800 chansons. C’est comme s’il débarquait en Nouvelle-France; il parle de troubadours. C’était peut-être surfait, mais il y avait des personnages qui avaient des répertoires d’au-delà de 300 chansons folkloriques. Les plus vieilles remontaient à l’époque médiévale et à des mythes anciens. Les plus récentes dataient des guerres napoléoniennes. » En 2016, son projet est récompensé du premier prix Hugh-LeCaine du Concours des jeunes compositeurs de la Fondation Socan.
À la même époque, la regrettée cinéaste Nathalie Synnett écrivait un documentaire portant sur les chants et les contes historiques de la Haute-Gaspésie. Guillaume agit alors comme conseiller au contenu historique. Puis, avec Mathieu David Gagnon, il remplit le rôle de concepteur et de compositeur sonore.
Par la suite, les projets relatifs au répertoire de contes et de chansons de la Haute-Gaspésie se multiplient. Avec Guillaume Côté, il conçoit la composition sonore du parcours du Jardin du souvenir de Sainte-Anne-des-Monts. Un code QR explique l’inspiration de chacune des sculptures de bois flotté réalisées sur le thème du folklore de la Haute-Gaspésie.
Les deux Guillaume font aussi la conception, la recherche et la restauration de 1400 documents d’archives sonores de la station d’écoute interactive de la Société d’histoire de la Haute-Gaspésie. Une refonte de ces archives est disponible sur fabliau.ca. « Un fabliau est une courte histoire, explique Guillaume Campion Vallée. Il y avait des fabliaux dans le répertoire de Marius Barbeau. C’est une petite mine d’or du folklore de la Haute-Gaspésie! »

Guillaume Campion Vallée a conçu la composition sonore du parcours du Jardin du souvenir de Sainte-Anne-des-Monts, en collaboration avec Guillaume Côté. Un code QR explique l’inspiration de chacune des sculptures de bois flotté réalisées sur le thème du folklore de la Haute-Gaspésie. Photo : Johanne Fournier
Trames
Les deux associés de Trames ont travaillé ensemble pendant huit ans. « On a fait un paquet de projets interactifs et d’installations muséales en lien avec le son », précise l’artiste annemontois.
Ils ont notamment monté le projet Archipel. « L’idée était de documenter, par le son, les accès au fleuve et à l’eau sur l’île de Montréal », explique le compositeur gaspésien. Ils ont réalisé un documentaire de 30 minutes et un site web sur le thème (projetarchipel.com). Les deux comparses ont présenté ce projet au festival Longueur d’ondes de Brest et au Toronto International Electroacoustic Symposium.
Trames a réalisé d’autres projets pour des municipalités, des musées et des organisations. « On a aussi fait beaucoup d’ateliers de création sonore dans les écoles », ajoute Guillaume Campion Vallée. L’entreprise a également réalisé une plateforme de création sonore appelée Écho (plateformeecho.ca). « C’est un outil de création sonore documentaire, précise-t-il. On l’a proposé aux écoles et aux centres de services scolaire et il y a eu une bonne réponse. »
Grandir collectivement par la musique
En 2020, la pandémie se déclare. « Je me retrouve à travailler seul dans mon appartement à Montréal », se remémore le compositeur gaspésien. Il décide donc de passer l’été chez ses parents à Sainte-Anne-des-Monts, d’autant plus qu’avec une connexion Internet, il pouvait travailler à distance. Il continue à faire des balados, des captations, du mixage, de la production sonore. Au même moment, il accepte d’enseigner la guitare pour l’École de musique Miransol. Il choisit alors de revenir vivre en permanence dans son alma mater.
« En 2021, le Garage à musique arrive dans ma vie, poursuit-il. C’est coorganisé par l’École Miransol et le Centre de pédiatrie sociale de la Haute-Gaspésie. On offre 400 heures par année d’ateliers de musique gratuits à une centaine de jeunes de 10 à 17 ans de la Haute-Gaspésie. On les amène à socialiser, à prendre confiance en eux et à se développer à travers la musique. L’objectif n’est pas tant de les former comme musiciens ou instrumentistes que de les amener à prendre plaisir et à grandir collectivement en faisant de la musique. »
« On a autant de jeunes qui sont performants, qui fonctionnent bien à l’école ou qui ont des cours de musique privés que de jeunes pour qui c’est plus difficile, qui n’ont pas la chance d’avoir accès à des cours privés, continue-t-il. Ils se côtoient et font des projets ensemble. Souvent, ils se connaissent, mais ne se tiennent pas ensemble à l’école. Au Garage à musique, ils jouent ensemble. La mixité sociale qui se crée est fabuleuse! »
Guillaume s’est d’abord joint au Garage à musique comme professeur de guitare. Aujourd’hui, il en est le coordonnateur. Si les services sont offerts à Mont-Louis, Sainte-Anne-des-Monts et Cap-Chat, il souhaite aussi développer le concept dans les écoles primaires de Tourelle et de Marsoui, où il n’y a pas de cours de musique.
Bouscueil
Le trentenaire oeuvre actuellement à un projet de mini-album. Le projet Bouscueil est soutenu par une bourse de l’Entente de partenariat territorial en lien avec la collectivité de la Gaspésie du Conseil des arts et des lettres du Québec. « Je fais beaucoup de prises de son dans la nature en Gaspésie. C’est mon inspiration principale. On a un bel environnement sonore. On a de belles oasis que j’appelle des ‘‘sanctuaires de son’’ ».
Pour ce projet, l’artiste a participé à une résidence de création de sept semaines à Banff, en Alberta. « Ça a donné le coup d’envoi du projet pour commencer à composer, à trouver de nouvelles avenues créatives. » Il a aussi réalisé une résidence d’artiste d’une semaine au Salon58 de Marsoui, qui a donné naissance à l’une des pièces de son mini-album.
Par Johanne Fournier
SAINTE-ANNE-DES-MONTS | En Haute-Gaspésie, les organismes qui offrent des services de dépannage alimentaire ont, pour la plupart, vu les demandes d’aide exploser. Ils constatent aussi que le profil des demandeurs a changé, principalement depuis 2020, moment où la pandémie s’est déclarée : les aînés ont de plus en plus faim.
Dans cette MRC du nord de la Gaspésie, Récupération alimentaire Haute-Gaspésie a pour mission de recueillir les pertes des marchés d’alimentation pour les distribuer aux organismes du milieu qui viennent en aide à la population sur le plan alimentaire. Ces organismes sont notamment Partagence, Carrefour-Ressources, le Centre d’action bénévole des Chic-Chocs et le Groupe d’action sociale et psychiatrique (GASP) des Monts.
Partagence
Partagence est membre du réseau des Banques alimentaires du Québec. L’an dernier, la distribution de denrées a fait un bond de 38 % par rapport à l’année précédente. L’organisme a effectué 1288 dépannages alimentaires, ce qui représente 52 287 livres d’aliments. La quantité de denrées provenant de Récupération alimentaire Haute-Gaspésie ainsi que de dons de fondations et de particuliers n’a pas été suffisante. Partagence a dû acheter 55 % de la nourriture distribuée. La tendance à la hausse continue à se dessiner. Depuis le 1er avril, 697 dépannages ont déjà été effectués.
Si des prestataires d’aide sociale utilisent les services de façon récurrente, l’organisme voit de plus en plus de couples dont les deux adultes travaillent. « On voit aussi des gens à la retraite, observe la directrice de Partagence, Marjorie Maurin. Ce sont des gens qu’on ne voyait pas avant. » Cette année, de nouveaux usagers ont aussi eu recours à la banque alimentaire : des travailleurs étrangers dont le contrat a pris fin prématurément.
Les usagers ont droit à un dépannage par mois ou, exceptionnellement, à deux. Pour les deux premiers dépannages, Partagence ne pose pas de questions. « La troisième fois, on pose des questions et on peut les aider à faire un budget ou les référer vers des ressources », indique Mme Maurin.
Partagence, dont le total des revenus annuels s’élève à un peu plus de 350 000 $, est financé à 33 % de son budget par le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec. La balance provient d’enveloppes ponctuelles. La guignolée est une autre source de revenus importante pour Partagence. L’an dernier, 23 060 $ ont été amassés et distribués sous forme de bons d’épicerie auprès de 150 foyers, comptant un total de 272 personnes.

L’équipe de Partagence. À l’avant : Marjorie Maurin. À l’arrière : Lise Dugas, Karine Jean, Marianne Collin, Cloé Marcoux et Louisette Therrien. Photo : Johanne Fournier
Carrefour-Ressources
Carrefour-Ressources offre des services destinés aux familles et aux personnes à faible revenu ou vivant en situation de précarité en Haute-Gaspésie. Parmi ces services, les cuisines collectives permettent à ses participants de concocter des plats sains. Le service est offert à Cap-Chat, Sainte-Anne-des-Monts, Tourelle et Gros-Morne. Les quatre points de services accueillent de 40 à 60 personnes par mois. Chaque usager paie 5 $ par année. L’organisme fournit les denrées et défraie le coût du transport en commun de chaque participant.
La demande est demeurée la même au cours des trois dernières années. « C’est peut-être une méconnaissance de la cuisine collective », soupçonne la directrice de Carrefour-Ressources, Charlotte Pouliot. Selon elle, le profil des participants a cependant changé. Auparavant, si la grande majorité d’entre eux était des prestataires d’aide sociale, ceux-ci représentent aujourd’hui 48 % des personnes aidées, contre 52 % de personnes à la retraite ou qui sont des travailleurs gagnant de petits salaires.
Carrefour-Ressources offre aussi du soutien aux parents d’enfants de 12 ans et moins, dont les compétences parentales sont à développer ou à bonifier. Trois fois par semaine, ils participent à des ateliers de cuisine portant sur la préparation des collations et des lunchs pour leurs enfants. « On double ou on triple les quantités pour qu’ils aient des aliments à mettre dans les lunchs des enfants, indique Mme Pouliot. Les gens aimeraient venir plus souvent, mais on n’a pas assez de ressources humaines. Ça prendrait plus de financement. » L’an passé, Carrefour-Ressources a aidé 198 personnes, soit 133 adultes et 65 enfants.
L’argent provient principalement du MSSS et du PSOC. Annuellement, Carrefour-Ressources compte également sur 15 à 16 enveloppes non récurrentes provenant d’organismes et de fondations.
Centre d’action bénévole des Chic-Chocs
Le Centre d’action bénévole (CAB) des Chic-Chocs offre le service de popote roulante sur tout le territoire de la Haute-Gaspésie. Des bénévoles préparent et livrent un repas chaud une fois par semaine à 80 aînés, moyennant un tarif de 7 $.
La demande est grandissante. « La courbe augmente chez les aînés », observe le codirecteur du CAB, Karim Haidar. À preuve, si 45 personnes âgées bénéficiaient du service en mars, elles sont aujourd’hui 80.
L’organisme offre aussi le service d’aide repas à domicile, pour lequel des bénévoles cuisinent des repas qui sont congelés et distribués gratuitement
auprès de quelque 80 bénéficiaires. Une fois par mois, ceux-ci reçoivent de 10 à 15 repas par livraison. « La nourriture est un moyen de créer des liens, insiste M. Haidar. Ça brise la solitude et ça apporte un sentiment de sécurité. »
Un budget de quelque 32 000 $ est consacré aux services alimentaires, ce qui gruge environ 8 % des revenus annuels du CAB, qui totalisent près de 400 000 $. Le financement est assuré par la Démarche intégrée en développement social de La Haute-Gaspésie. D’autres fonds non récurrents proviennent du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Gaspésie et d’autres organismes.
Parmi les pistes de solutions, M. Haidar aimerait développer un service d’aide aux aînés qui désirent faire leur épicerie et qui n’ont pas d’auto ou qui n’ont pas la force de transporter leurs sacs. Il croit aussi dans l’éducation populaire afin d’encourager les gens à changer certaines habitudes alimentaires.

Chaque mois, un couple de bénévoles, Francine Savard et Léo René Marin, est responsable de la livraison du service d’aide repas à domicile. Mme Savard fait également tous les appels téléphoniques en prenant le temps de parler à chacun des 80 bénéficiaires. Photo : Centre d’action bénévole des Chic-Chocs

Guylaine Deroy est une participante du service des cuisines collectives du Carrefour-Ressources. Photo : Carrefour-Ressources

Anna Côté est bénévole pour la popote roulante dans le secteur de Mont-Louis au sein du Centre d’action bénévole des Chic-Chocs. Photo : Centre d’action bénévole des Chic-Chocs
GASP des Monts
Le GASP offre la soupe populaire tous les vendredis. Au coût de 2 $, le repas comprend une soupe, un dessert et un breuvage. « Les gens qui ne peuvent pas payer, on ne leur charge rien », souligne le directeur du GASP, Jacques Mimeault. Chaque semaine, une quinzaine de personnes prennent part à l’activité.
L’organisme offre aussi des repas à certaines personnes en détresse ou en situation d’itinérance. « On ne met pas de limite et on ne fait pas d’enquête, précise M. Mimeault. On tente de les aider. » La soupe populaire est financée par le PSOC. « On a aussi des dons », spécifie le directeur.
Club Lions de Mont-Louis
Avant Noël, le Club Lions de Mont-Louis distribue des chèques-cadeaux d’une valeur de 120 $ par couple à échanger dans des épiceries. Pour les familles, le montant est bonifié de 20 $ par enfant. L’an dernier, l’organisme a reçu 28 demandes, comparativement à 38 en 2020. « On a ajouté trois chèques-cadeaux pour des gens qui étaient dans le besoin », souligne la présidente du Club, Johanne Castonguay. Les 31 chèques-cadeaux ont été distribués sur le territoire s’étendant de Rivière-à-Claude à Gros-Morne.
Un peu avant la pandémie, le profil de la clientèle a changé. « Avant, on avait beaucoup de familles, se souvient Mme Castonguay. Maintenant, les familles avec un ou deux enfants représentent le tiers des gens qu’on aide. Les deux tiers sont des personnes âgées. » Pour financer le coût des chèques-cadeaux, soit environ 4000 $ en 2022, les 18 membres de l’organisme ont organisé différentes activités.
De l’avis de la directrice de Partagence, l’augmentation du nombre de dépannages alimentaires est multifactorielle. L’inflation ainsi que la hausse des taux hypothécaires et des logements y contribuent pour beaucoup. Parmi les autres causes, Marjorie Maurin rappelle que la Haute-Gaspésie affiche l’indice de vitalité économique le plus faible non seulement de la péninsule, mais de tout le Québec. À son avis, une grande réflexion sur la lutte à la pauvreté s’impose. Elle croit aussi beaucoup à l’importance de l’éducation populaire.
Par Jean-Philippe Thibault
GRANDE-RIVIÈRE | Le succès est tel pour le Programme de récupération en supermarchés dans la MRC du Rocher-Percé que l’entité veut maintenant voler de ses propres ailes. Elle pourrait bientôt s’affranchir et devenir un organisme sans but lucratif à part entière, dès 2024.
La démarche a été mise sur pied comme projet pilote en 2021, par le Réseau en développement social Rocher-Percé, à la suite d’une réflexion collective. Trois fois par semaine – les lundis, mercredis et vendredis – une tournée est organisée dans les grandes épiceries participantes, à savoir le IGA de Grande-Rivière, celui de Chandler ainsi que le Super C, également de Chandler. Leur apport permet de récolter autant des produits laitiers que des fruits et légumes, des protéines ou des produits de boulangerie. Les aliments sont ensuite triés, parfois transformés, et redistribués dans la population.

Les coupons Coup de pouce ont été lancés en janvier dans la MRC du Rocher-Percé. Photo : Jean-Philippe Thibault
Depuis le mois de janvier, une nouvelle méthode de partage a toutefois vu le jour. Les responsables ont émis des coupons, baptisés Coup de pouce, qu’ils remettent à divers organismes partenaires du milieu, au nombre de 16 pour être rigoureusement exact.
Le Centre Émilie-Gamelin (santé mentale), la Maison Blanche-Morin (violences conjugales féminines) ou encore Convergence (aide aux hommes) pour ne citer que quelques exemples pris au hasard, reçoivent ces coupons qu’ils peuvent ensuite donner à leurs usagers. Ceux-ci peuvent ensuite se rendre eux-mêmes dans les installations du Programme de récupération en supermarchés pour se servir et choisir des denrées, selon les aliments sur les tablettes et dans les réfrigérateurs.
« Les organismes sont les mieux outillés pour décider qui en a besoin. Ils vont directement évaluer les besoins de la personne. Nous ne sommes pas des travailleurs de milieu ou sociaux, ni une banque alimentaire. C’est un peu hybride. Nous sommes dans le continuum de services », explique Grégory Molnar, chargé de projet depuis un an, en précisant que le Centre d’Action Bénévole (CAB) Gascons-Percé demeure la porte d’entrée pour l’aide alimentaire ou le dépannage d’urgence.
Sur place, les utilisateurs de ce service n’ont aucun nom à donner, ni numéro de téléphone ou quelconque adresse : seulement la provenance de leur coupon et le poids de leurs denrées, afin d’en faire un suivi serré et de pouvoir enregistrer des statistiques alimentaires. L’action se déroule dans un établissement relativement anonyme de Grande-Rivière. « Nous sommes dans un petit milieu. On veut demeurer discret. Il n’y a absolument aucune honte à venir ici, au contraire, mais on ne veut pas non plus qu’il y ait de la stigmatisation », précise le chargé de projet.
Signe des temps, la redistribution prend de l’ampleur. « C’est impressionnant. On est régulièrement autour de presque 3000 kg par mois en récupération d’aliments, pour près de 2500 kg qui sont redistribués à la population et aux organismes. » En comparaison, il y a 18 mois, en avril 2022, la récupération d’aliments tournait plutôt autour de 300 kg.

Grégory Molnar. Photo : Jean-Philippe Thibault
Grégory Molnar est d’avis que l’autonomie d’un organisme sans but lucratif indépendant ne devrait être qu’une formalité. « Je crois qu’on ne devrait pas avoir de problème avec ça parce que le problème alimentaire est vraiment là et c’est chiffré. C’est non négligeable la quantité de nourriture qu’on redistribue. On évite aussi du gaspillage. On travaille sur deux fronts en même temps. » Leur indépendance devrait également signifier des revenus récurrents, plutôt que des sommes ponctuelles.
Le financement provient actuellement des Alliances pour la solidarité, qui sont des ententes territoriales visant à confier à un organisme une enveloppe d’argent, provenant du Fonds québécois d’initiatives sociales. Ce sont les élus régionaux qui désignent les mandataires, en l’occurrence ici le Regroupement des MRC de la Gaspésie. Centraide, les Banques alimentaires du Québec et d’autres partenaires contribuent également à la mission.
Deux employés, en plus du chargé de projet, s’affairent quotidiennement à la tâche. Les produits servent également à garnir les deux frigos communautaires placés à l’École des pêcheries et de l’aquaculture à Grande-Rivière, ainsi qu’au Carrefour Jeunesse Emploi et Option Emploi du Rocher-Percé (CJEOE). De la nourriture a notamment été redistribuée aux 11 nouvelles préposées aux bénéficiaires venues d’Afrique pour compléter leur équivalence afin de devenir infirmières. En parallèle, grâce à leur cuisine, une partie des fruits et des légumes sont transformés pour les plats givrés utilisés par le CAB Gascons-Percé.
« Des intervenants viennent ici une fois par semaine et ramènent ça sur place dans les frigos communautaires. Parfois, c’est compliqué de venir ici. La mobilité demeure un enjeu en Gaspésie », analyse Grégory Molnar.
Pour l’homme originaire de l’Alberta, qui a notamment travaillé en tourisme dans le passé, cette première incursion dans le monde communautaire lui sied à merveille et il apprécie candidement pouvoir faire une différence dans la vie des gens au quotidien.
« On l’entend que les gens sont dans le besoin avec l’inflation, le manque d’hébergement abordable, les taux d’hypothèque qui augmentent. On peut vite basculer vers le besoin alimentaire. On a un contact direct avec les gens. C’est une aide immédiate, bien concrète et qui fait réellement une différence », conclut-il sagement. Pour le moment, le plus grand utilisateur des coupons Coup de pouce est le CISSS de la Gaspésie.
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RÉSERVE FAUNIQUE DE MATANE – Quelque 70 personnes ont répondu à l’invitation lancée le 26 août par le Comité de protection des monts Chic-Chocs pour participer à une randonnée dans la réserve faunique de Matane. L’objectif? Mieux faire connaître le projet de protection du territoire visé.
En collaboration avec le Sentier international des Appalaches (SIA) – Québec et l’Unité régionale de loisir et de sport du Bas-Saint-Laurent, les marcheurs, dont GRAFFICI faisait partie, ont choisi l’une des trois randonnées selon un niveau de difficulté différent. Le point de départ était fixé au lac Matane.
Philippe Davignon était l’un de ceux-là. « Cet été, j’ai marché le SIA de Matapédia à Forillon, indique le résident de Matane. C’est vraiment un joyau, la réserve faunique [de Matane]. C’est beau. Ça m’a conscientisé à l’importance de sa protection. » M. Davignon endosse entièrement les démarches du Comité de protection des monts Chic-Chocs. « C’est important de protéger les montagnes de plus de 600 mètres parce qu’elles ont une végétation différente sur leur sommet. »
En les invitant à marcher sur le territoire visé, les membres du Comité, qui œuvrent depuis 16 ans à faire reconnaître leur projet d’aire protégée, ont pu sensibiliser les participants. Après une courte séance d’information au lac Matane, les organisateurs et des randonneurs ont déposé des pierres pour construire un cairn. Celui-ci vise à marquer symboliquement les limites du territoire que le Comité de protection des monts Chic-Chocs souhaite englober dans son projet d’aire protégée, en l’étendant à la portion ouest des Chic-Chocs, située dans la réserve faunique de Matane.

Quelque 70 personnes ont répondu à l’invitation de participer à une randonnée lancée par le Comité de protection des monts Chic-Chocs. Photo : Johanne Fournier
Le projet
« Depuis 2007, on propose de protéger les montagnes des Chic-Chocs qui sont au-dessus de 600 mètres dans la réserve faunique de Matane », mentionne l’une des porte-parole du Comité de protection des monts Chic-Chocs, Margaret Kraentzel.
Depuis ce temps, l’organisme ne cesse de travailler et de dresser des inventaires pour atteindre son objectif : couvrir l’ensemble des Chic-Chocs de la réserve faunique de Matane. « En 2020, après des démarches et des efforts, c’est devenu une réserve de territoire pour fin d’aire protégée, c’est-à-dire un territoire que le gouvernement a protégé, du mont Logan jusqu’au mont Pointu, en incluant le mont Blanc et d’autres montagnes, explique un autre porte-parole du Comité, Louis Fradette. Pour l’instant, cette réserve-là est protégée administrativement, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’exploitation industrielle et minière ou d’implantation d’éoliennes dans ce secteur-là. Le gouvernement a annoncé 30 % d’aires protégées pour le Québec. Donc, on s’est dit qu’on allait lui faire une proposition en doublant ce qui a été obtenu. C’est là-dessus qu’on travaille : le projet sera présenté avec son agrandissement. »
Le 29 août, les membres du Comité ont accueilli, sur le territoire visé, une dizaine de représentants de différents ministères. Ils les ont amenés au mont Blanc afin de leur démontrer la richesse et la beauté des paysages qu’ils souhaitent préserver. Pour le Comité, il s’agissait d’une étape importante puisqu’à partir de l’avis de ces fonctionnaires, Québec décidera, l’hiver prochain, s’il agrandit l’aire de 200 km carrés mis sous réserve ou s’il la réduit. « L’agrandissement serait du mont Pointu, incluant la vallée du lac Matane, de même que le mont Valcourt et le mont de l’Ouest, jusqu’à la rivière du Vivier », explique M. Fradette.
Coupes forestières dénoncées
À l’est du territoire que souhaite protéger le Comité se trouve l’habitat essentiel du caribou. « On attend une confirmation pour que ce territoire-là soit protégé légalement, précise Louis Fradette. Au mont Jimmy-Russell et au mont Hélène, qui sont très proches de l’habitat essentiel du caribou, il se fait présentement des coupes à blanc. Quand on fait des coupes forestières, ce qui pousse après, c’est de la nourriture pour les ours, les coyotes et les cervidés. Plus il y a d’orignaux et de chevreuils, plus il y a de prédateurs du caribou, soit les coyotes et les ours. Ça a un impact majeur. »
Le porte-parole du Comité reprend les paroles du professeur de l’Université du Québec à Rimouski, Martin-Hugues St-Laurent, en disant que le caribou est un témoin de notre génération.
L’un des membres fondateurs du Comité estime, pour sa part, que si le caribou est menacé par les ours et les coyotes, la forêt est tout autant en danger en raison d’un prédateur : l’être humain, sous la figure de l’industrie forestière. « C’est une forme de prédation qui détruit l’habitat de toutes les espèces, déplore Jean-Claude Bouchard. On peut comprendre qu’il soit nécessaire d’exploiter la forêt, mais pas n’importe où et n’importe comment! »
Selon M. Bouchard, c’est d’autant plus un non-sens de réaliser des coupes forestières en altitude parce que le climat est rigoureux et la régénération est lente. « On dénonce ça depuis le début », mentionne-t-il. « Je ne comprends pas qu’on laisse encore faire ça », renchérit M. Fradette.
Philippe Davignon partage leur point de vue. « Quand on marche dans les sentiers, on voit les coupes dans les montagnes, souligne le participant de l’activité. Je trouve ça dommage. Ça me fait mal de savoir que toute cette belle nature-là est détruite. Ça me met en colère. Je comprends qu’il y ait des emplois derrière ça, mais il y a un problème dans la façon dont on gère la forêt présentement. »
Conscient du fait que plusieurs personnes vivent de l’exploitation forestière, Louis Fradette précise qu’il n’est pas contre cette industrie, à condition qu’elle ne cible pas des zones où la régénération est faible et où le sol est mince. À son avis, l’industrie forestière peut très bien exercer ses activités dans les vallées.

Louis Fradette et Margaret Kraentzel sont porte-parole du Comité de protection des monts Chic-Chocs. Photo : Johanne Fournier
Menace pour la Grive de Bicknell
L’exploitation forestière a aussi un impact sur la biodiversité, principalement sur la Grive de Bicknell, une espèce d’oiseau unique en Amérique du Nord. « C’est 80 % de la population dans le monde qui vient se reproduire ici, soulève Louis Fradette. On en a trouvé au mont Valcourt et au mont de l’Ouest. Au mont Jimmy-Russell et au mont Hélène, son habitat a été détruit. »
Le porte-parole du Comité n’accuse pas particulièrement l’industrie forestière, mais plutôt le gouvernement qui alloue les autorisations de coupes, sans se soucier, à son avis, de la biodiversité et de l’impact sur ces oiseaux. « Il y a des règles incompréhensibles que l’industrie peut contourner facilement, avance M. Fradette. Il faut que ce soit clarifié. »
Respect de la vie privée