Jenny Lévesque est née et a grandi à Tourelle. Première enfant du couple composé de Réjean Lévesque et de Réjeanne Béchard, elle est aussi la première petite-fille des familles Lévesque et Béchard qui comptaient respectivement 14 et 18 enfants. « J’ai été bien entourée et beaucoup aimée, se souvient-elle. Ça faisait de beaux partys de famille! »
L’artiste dans l’âme
Attirée par les arts, elle complète un diplôme d’études collégiales dans le domaine au Cégep de Rimouski. Elle quitte ensuite pour Montréal et voyage un peu. Quelques années plus tard, elle revient au Bas-Saint-Laurent pour s’inscrire à l’Université du Québec à Rimouski, où elle obtient un certificat en études littéraires.
De retour dans la métropole, « j’ai écrit, je me suis amusée et j’ai travaillé un peu partout », se remémore-t-elle. Elle apprend à jouer de l’accordéon-piano, d’abord à l’oreille, puis prend ensuite des cours auprès d’un vieil Italien qui avait un petit magasin d’accordéons. « C’était la vieille méthode. Il utilisait une baguette qu’il frappait sur le bord du lutrin quand je me trompais. »
La musicienne et chanteuse
Avec son amoureux de l’époque, qui était un « excellent guitariste », elle crée Foulée ludique, un groupe de musique pop rock en français formé de deux chanteurs, de deux guitaristes et d’un batteur.
Quatre ans plus tard, une nouvelle formation composée de cinq musiciens est fondée : Bernadette Bar Tabac. « J’écrivais tous les textes, je faisais les voix et les accords, je faisais même le booking des spectacles, raconte l’artiste. J’avais toute la place. On se produisait dans les bars et les petites salles de spectacles. On a joué un peu partout au Québec. »
Simultanément, Jenny travaille au Bar Chez Baptiste à Montréal et pour Les Délices de la mer, une entreprise de Sainte-Anne-des-Monts qui vend ses produits au Marché Jean-Talon. L’aventure de Bernadette Bar Tabac prend fin en 2009, après avoir produit un album de 10 chansons.
L’artiste-peintre et l’interprète
Pendant qu’elle vit dans la grande ville, la jeune femme, aussi artiste-peintre, commence à monter des expositions de ses toiles à l’acrylique. Avec ses personnages très colorés, elle impose déjà son style.
Pendant la même période, elle complète trois des cinq niveaux de la langue des signes du Québec à l’Institut Raymond-Dewar de Montréal. « J’ai adoré ça, souligne-t-elle. Ce sont des sourds qui m’enseignaient. Ces personnes ont beaucoup d’humour. »

Jenny Lévesque porte plusieurs chapeaux : artiste en arts visuels, intervenante, musicienne, philanthrope, proche aidante, responsable d’une famille d’accueil. Photo : Jennifer St-Laurent
La proche aidante et l’étudiante
L’année 2010 marque le retour de Jenny Lévesque en Haute-Gaspésie. « C’est ma meilleure décision à vie. J’ai tellement une belle qualité de vie! » Si elle est revenue en Gaspésie, c’est parce que sa mère était malade. « J’étais proche d’elle. Je l’ai aidée jusqu’à ce qu’elle décède en 2016 à l’âge de 65 ans. C’est là que j’ai su ce que les proches aidants et les gens qu’ils aident avaient comme besoins. »
Pour « avoir quelque chose de concret » comme formation, elle s’inscrit au programme de techniques en éducation spécialisée offert à Sainte-Anne-des-Monts par le Cégep de Matane. « Quand j’étais au secondaire, ça me tentait de m’inscrire là-dedans, mais c’était très contingenté », se rappelle-t-elle.
L’intervenante
Pendant ses études, la jeune femme fait un stage en santé mentale au Groupe d’action sociale et psychiatrique des Monts. Par la suite, elle travaille comme intervenante au Centre Louise-Amélie, maison d’aide pour femmes violentées, et à L’Escale, centre de réadaptation en dépendance de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.
Depuis sept ans, Mme Lévesque est intervenante au Centre d’action bénévole des Chic-Chocs à Sainte-Anne-des-Monts, où elle est responsable de l’APPUI, un service d’aide aux proches aidants. « C’est une grande passion », lance-t-elle. À son avis, le défi est d’autant plus grand du fait que la population de La Haute-Gaspésie est vieillissante et que les gens demeurent longtemps à domicile parce qu’il n’y a plus de places dans les ressources pour aînés. Parmi les activités qu’elle organise, la musicienne n’est jamais très loin. « On fait des ateliers avec Guillaume Arsenault pour composer des chansons », fournit-elle comme exemple.
Dans le cadre de ses fonctions, Jenny a écrit un livre qui aborde toutes les étapes de la proche aidance. C’est aussi elle qui a conçu toutes les illustrations du bouquin à l’aquarelle. L’impression de l’ouvrage intitulé La répétition générale, tiré à 30 exemplaires, a été soutenue par le Centre d’action bénévole. L’éducatrice spécialisée intervient aussi en postaidance, ce qui, à son avis, est un service qui se fait rare. « Je travaille pour les proches aidants qui tombent seuls. Ces gens-là sont tellement fatigués! »
L’intervenante coordonne également L’Envolée, qui est un service d’accompagnement de soins palliatifs et de fin de vie. Elle forme une cohorte de 30 bénévoles pendant 36 heures afin de leur permettre de développer ou de consolider les compétences de base nécessaires à ce type de service. Des jumelages se font parfois en toute confidentialité entre bénévoles et personnes en soins palliatifs.
Un tout nouveau projet dont Jenny Lévesque est particulièrement fière d’avoir mis sur pied se nomme « Prête-moi ta plume ». Le projet a dépassé le stade de la gestation pour être actuellement testé auprès de bénévoles. « C’est mon bébé », lance-t-elle. Il s’agit d’une démarche visant à écrire la biographie de personnes en soins palliatifs ou en fin de vie. « C’est tellement enrichissant, estime-t-elle. J’arrive dans mon char et je pleure! »
Si le projet fonctionne bien, sa conceptrice souhaite qu’il puisse devenir disponible auprès des autres centres d’action bénévole de la Gaspésie.
La passionnée de mousses et de bois flotté
Même si la quadragénaire a une vie professionnelle très active, elle ne peut s’empêcher de répondre à ce besoin viscéral de créer sur le plan artistique. « Les arts visuels, c’est obligatoire pour moi », va-t-elle jusqu’à dire.
Sa découverte des mousses végétales ou, de leur nom scientifique, les bryophytes, a été une véritable révélation. Elle cueille ces petites plantes primitives en forêt, aux abords de ruisseaux et en bord de mer. Après les avoir séchées et teintes de différentes couleurs, elle en fait des tableaux, tous aussi uniques les uns que les autres.
Jusqu’au 30 septembre, certaines de ses oeuvres sont exposées dans le hall de la Maison de la culture de Sainte-Anne-des-Monts. Les cadres de ses tableaux végétaux sont fabriqués par son conjoint, Claude Bolduc, ébéniste de formation. L’artisane crée aussi des lampes à partir de bois flotté et de résine.

Jenny Lévesque en pleine création dans son atelier. Photo : Jennifer St-Laurent
La maman de coeur et la philanthrope
Si la femme de 49 ans n’a pas eu d’enfant, elle trouve tout de même le moyen, depuis cinq ans, d’assouvir son instinct maternel en accueillant une enfant qui lui est confiée par la Direction de la protection de la jeunesse. « Je l’appelle ma fille de coeur », dit-elle d’une voix attendrie. Avec son frère Jason, elle prend aussi soin de son père, atteint de la maladie d’Alzheimer, qui habite dans une résidence pour aînés.
Par ailleurs, l’Annemontoise est à l’origine, il y a 11 ans, de la création de L’Arbre généreux. L’initiative consiste à offrir des cadeaux de Noël à des enfants dans le besoin habitant le territoire délimité entre Les Méchins et Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine. Sur une base volontaire, des adultes bienveillants achètent un ou deux cadeaux pour un enfant qu’ils ont choisi sur une liste contenant parfois jusqu’à 200 noms fictifs. Sur cette liste, chaque enfant a fait part de deux choix de cadeaux qu’il rêverait de recevoir. Jenny a maintenant passé le flambeau de L’Arbre généreux à Louise Michaud et à Louiselle Servant, deux bénévoles qui en assument aujourd’hui la responsabilité.
GRANDE-VALLÉE | Depuis juin, le Camping au Soleil couchant de Grande-Vallée propose une incursion dans l’histoire méconnue du Frederika Lensen, torpillé le 20 juillet 1942 au large du village. Un site d’interprétation et, en surplomb du golfe, la réplique du navire offre un observatoire exceptionnel sur le décor où s’est jouée cette tragédie au coeur de la Bataille du Saint-Laurent.
Une fois l’heure, un car électrique conduit les visiteurs vers l’Espace Frederika Lensen. Un documentaire d’une vingtaine de minutes, intitulé Au coeur de la Bataille et produit par Gaspa Vidéo de Carleton-sur-Mer, est projeté au sein d’un bâtiment qui fait office de cabine du navire. Le film raconte la tragédie lors de laquelle quatre marins ont trouvé la mort et donne la parole à des habitants de Grande-Vallée qui se souviennent de l’événement.
Construite à l’échelle 1/3, la pointe du navire britannique est d’une longueur de 38,1 mètres (125 pieds). S’avançant au sommet de la falaise, elle permet d’admirer le fleuve et devient régulièrement le théâtre de spectacles de musique. L’attrait a requis un investissement de 300 000 $.
C’est le gestionnaire du Camping, André Lemieux, qui a proposé l’idée au propriétaire de l’entreprise, Guillaume Côté. Il faut cependant dire que M. Lemieux caressait ce rêve depuis 2015, à l’époque où il était consultant en développement pour la Municipalité de Grande-Vallée. Mais le concept était trop coûteux pour le village de moins de 1100 habitants. « C’est resté sur la tablette jusqu’à ce que, l’été passé, je mette l’idée dans l’oreille de Guillaume », raconte le gestionnaire du Camping depuis cinq ans.
Seul navire torpillé demeuré à flot
Parmi les 23 navires torpillés entre Rimouski et Gaspé, le seul qui est demeuré à flot est le Frederika Lensen, et ce, pendant une vingtaine d’années. Après avoir été attaqué par le sous-marin allemand U-132, il a été remorqué dans la baie de Grande-Vallée. Le navire avait été acheté par une compagnie de ferraille de Cap-Chat pour le démanteler. « Mais cette compagnie de ferraille a fait faillite un an plus tard, relate M. Lemieux. Jusqu’au début des années 1960, on le voyait en entier. Avec le temps, il s’est ensablé. Déjà blessé, les marées, les glaces et les vents ont fini par le casser en deux et il a calé. »
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la population de Grande-Vallée étant pauvre, le navire a été pillé. « Les habitants ont récupéré tout ce qui était utile : le système de chauffage, les assiettes, les fers à repasser, une toilette », confirme le titulaire d’un doctorat en développement régional.
À son avis, ce qui rend cette épave unique, c’est qu’elle est le seul témoin de la Bataille du Saint-Laurent qui est facilement accessible. « En bateau, à marée basse, on peut même le voir. On peut faire de la plongée dessus. » Cependant, comme le Frederika Lensen et son histoire sont très peu connus, peu de plongeurs s’y intéressent, se désole-t-il.

André Lemieux avait imaginé ce projet en 2015. Photo : Johanne Fournier
Un projet de village
Pour André Lemieux, cette initiative n’est qu’un début. « Je souhaite que ça devienne un projet de village. Il y a plein de pièces [du Frederika Lensen] dans les maisons. Il pourrait y avoir des panneaux d’interprétation pour que, quand les touristes entrent à Grande-Vallée, ils entrent dans une atmosphère, un lieu de mémoire. »
Selon lui, l’entreprise projette éventuellement d’acheter un bateau pneumatique doté d’un plancher vitré pour aller au-dessus de l’épave. Le gestionnaire du Camping va jusqu’à imaginer un circuit disposant d’une navette qui conduirait les visiteurs vers Madeleine, où le Leto a été torpillé, vers Pointe-Frégate, où le Nicoya a été coulé et vers Saint-Yvon pour voir une torpille oubliée. « On pourrait faire un black-out en chemin », suggère le passionné d’histoire, en faisant référence à la consigne voulant que, lors de la Bataille du Saint-Laurent, aucune lumière ne devait être vue du fleuve.
Brève histoire du Frederika Lensen
Le Frederika Lensen, d’abord connu sous le nom de Trevaylor, est un cargo à vapeur de commerce et de transport construit par John Readhead and Compagny à South Shields, au Royaume-Uni. De fabrication semi-industrielle, le navire marchand, bâti en métal et en acier, faisait 8 mètres (de coque) de hauteur sur 15,5 mètres de largeur sur 112,7 mètres de longueur.
Le Trevaylor a été la propriété de Hain Steamship Company jusqu’en 1934, où il a été vendu à Lensen Transport Limited, qui l’a rebaptisé Frederika Lensen. Il a été revendu en 1940 à la Galbraith Pembroke and Company. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le cargo est affrété par le ministère britannique des Transports de guerre et participe au ravitaillement du Royaume-Uni. Il est affecté aux convois sur le Saint-Laurent.
Pour lire le dossier complet :
DES MOTS, DES NOTES ET DES IMAGES – Pour un féminisme à jour
DES MOTS, DES NOTES ET DES IMAGES – FRANÇOIS MIVILLE-DESCHÊNES
DES MOTS, DES NOTES ET DES IMAGES – YVAN LANDRY
DES MOTS, DES NOTES ET DES IMAGES – FRANÇOIS-ALEXANDRE BOURBEAU
DES MOTS, DES NOTES ET DES IMAGES – JOANNE MORENCY
Le dernier-né de Joanne Morency
MARIA | Sans être le plus autobiographique de son oeuvre, Crever les eaux de Joanne Morency est un livre introspectif. Le dernier-né de la poète gaspésienne est le témoignage d’une enfant presque invisible qui, plus tard, devient une femme au ventre vide, dont le désir non comblé de maternité lui donne la sensation d’être dans un corps au sort inachevé.
Joanne Morency a choisi un sujet qui est peu abordé en littérature : l’infertilité. « C’est un deuil qui ne paraît pas aux yeux des autres et qui dure des années. Il y a une solitude, l’absence du lien très fort entre parent et enfant. » Si ce thème était récurrent depuis quelques années, l’envie d’écrire sur le sujet s’est imposé de lui-même. « C’est comme se délivrer de certaines choses, s’ouvrir sur certains sujets », croit-elle.
Ce livre est très personnel. « Des gens me disent qu’ils ont vécu la même chose, précise la poète de Maria. Ça vient les chercher dans une partie intime qui leur est aussi très personnelle. Ça fait résonner quelque chose en eux. C’est assez fascinant! »
Par ce recueil de 72 pages regroupant quelque 45 poèmes, Joanne Morency a choisi, pour son huitième livre, de « crever les eaux » comme pour se décharger d’une sorte de fardeau qu’elle porte en tant que femme qui n’a pu donner la vie. « Crever les eaux, c’est accoucher vers une nouvelle respiration, sortir de soi des choses qui étaient difficiles », dit-elle.

Édité par Hamac, Crever les eaux est le huitième livre de Joanne Morency. Photo : Johanne Fournier
Peu de mots
Si l’ouvrage est économe en mots, il n’en est pas moins dense. « C’est une écriture très épurée, décrit son autrice. Ce sont de courts poèmes. Le travail d’écriture est, pour moi, de couper, d’enlever les répétitions, de rendre ça le plus succinct. Ça devient plus lisible, plus percutant. Je pars de beaucoup de pages pour en arriver à très peu. Dans tout ce que je fais, j’ai le sens du résumé. »
À constater cette quête d’économie de paroles, il n’est peut-être pas surprenant de découvrir l’enfant de peu de mots que Joanne Morency a été. « J’étais timide et tranquille dans mon enfance. Il y avait des personnes, dans ma famille, qui prenaient beaucoup de place et moi, je n’en prenais pas beaucoup. Sans le savoir, je n’étais peut-être pas entendue parce que je ne parlais pas beaucoup. Je me suis mise à parler plus quand je me suis mise à écrire. L’écriture a été une façon d’être entendue. La voie de l’écriture a ouvert la voix orale. » Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle a eu une enfance ou une vie malheureuse, tient-elle à préciser.
La mère de sa mère
L’autrice parle du rôle de mère qu’elle a parfois eu à jouer auprès de celle qui l’a mise au monde. Elle aborde l’angle de la précarité d’une lignée féminine transmise de mère en fille qui a parfois été lourde, « quand on est amené à prendre soin de notre mère, enfant ».
Joanne Morency avait une mère fragile, parfois dépressive. « Elle s’appuyait beaucoup sur moi. J’étais la présence calme ou solide de la famille. Je le vois maintenant avec mes yeux d’adulte. J’ai réalisé que ma mère a aussi vécu ça avec sa mère. Il y a des deuils ou des peines qui se transmettent de mère en fille. » Or, comme Joanne Morency n’a pas eu d’enfant, ce phénomène transgénérationnel s’est arrêté à elle.
Crever les eaux est édité par Hamac. Il est possible de le trouver dans toutes les librairies, y compris celles de la Gaspésie. Le prochain livre de Joanne Morency sera publié chez David à l’automne 2024 sous forme de haïkus et de récits en prose. « J’ai réuni plusieurs textes qui parlent de la Gaspésie de saison en saison et que j’avais faits pour la Première Chaîne de Radio-Canada, décrit-elle. En même temps, c’est un carnet d’écrivain, où j’ai introduit des haïkus. »
Pour lire le dossier complet :
DES MOTS, DES NOTES ET DES IMAGES – Pour un féminisme à jour
DES MOTS, DES NOTES ET DES IMAGES – FRANÇOIS MIVILLE-DESCHÊNES
DES MOTS, DES NOTES ET DES IMAGES – YVAN LANDRY
DES MOTS, DES NOTES ET DES IMAGES – FRANÇOIS-ALEXANDRE BOURBEAU
DES MOTS, DES NOTES ET DES IMAGES – ANDRÉ LEMIEUX
L’ANSE-À-VALLEAU | Un beau matin de 1992, Blandine Poirier de L’Anse-à-Valleau est réveillée par le balai lumineux de la tour tétrapode, un phare nouveau genre, qui se trouve devant sa résidence. « J’ai rêvé que le phare était revenu », raconte la femme, aujourd’hui âgée de 83 ans. Ce songe sera le début d’une lutte acharnée pour rapatrier le phare de son village, qui avait été arraché du site de Pointe-à-la-Renommée.
L’histoire commence en 1975, alors que le phare de Pointe-à-la- Renommée est fermé et remplacé par une tour d’acier. Construit en 1907, le phare est laissé à l’abandon et est victime de vandalisme jusqu’en 1977. Cette même année, sans avoir été consultée, la population de L’Anse-à-Valleau s’aperçoit avec consternation que, du jour au lendemain, son phare a disparu. Les gens du village apprennent alors que c’est la Garde côtière canadienne qui l’a retiré de son socle pour le transporter à Québec.
Un phare sur un boulevard
En 1981, la tour patrimoniale est plantée sur le boulevard Champlain à Québec, en face des installations de l’organisme fédéral, en contrebas du Château Frontenac. C’est en prévision des célébrations des grands voiliers de 1984, visant à commémorer le 450e anniversaire de l’arrivée de Jacques Cartier dans ce qui deviendra plus tard le Canada.
Pour Blandine Poirier, l’emplacement du phare au coeur du quartier Petit Champlain à Québec était un non-sens. « Je montais souvent le voir. Un phare à côté d’un boulevard, ça n’avait pas d’allure! » Après s’être fait dérober leur phare, un autre malheur attendait la communauté de L’Anse-à-Valleau : la Poissonnerie Boulay, qui embauchait 120 travailleurs, ferme ses portes en 1983. Puis, en 1993, une autre fatalité s’abat : le moratoire sur la pêche à la morue.
Bougie d’allumage
La disparition du phare, combinée à un haut taux de chômage dans sa communauté, devient une bougie d’allumage pour Blandine Poirier. Avec sa soeur Priscillia et six autres concitoyennes, elle met sur pied, en 1992, le Comité local de développement de L’Anse-à-Valleau. Blandine Poirier en assumera la présidence, Marianne Côté la vice-présidence et Priscillia Poirier le secrétariat. Pour le Comité, une réflexion s’impose : « Le phare s’ennuyait de sa mer », lance Priscillia dans un élan de poésie.
« En 1993, on a visité le site [de Pointe-à-la-Renommée], se souvient Priscillia. Il était plein de déchets. Il fallait faire l’évaluation des projets qu’on pourrait préparer. » Grâce à des subventions, le Comité embauche jusqu’à 25 personnes pour nettoyer le lieu ainsi que pour tracer et aménager des sentiers. Sans ordinateur, Priscillia fait la tenue de livres à la main.
« Mais, on n’était pas propriétaire des terrains, soulève Blandine. Puis, on avait vu, dans la Gazette officielle, que le gouvernement fédéral mettait les terrains à vendre. J’ai dit à notre conseiller municipal que ça nous les prenait parce qu’on travaillait sur des terrains qui n’appartenaient ni à nous ni à la Ville [de Gaspé]. La Ville a déposé une soumission pour acheter les terrains, qui lui ont coûté quelque chose comme 2500 $. »


À force de ténacité et de détermination, les deux soeurs Priscillia et Blandine Poirier ont réussi à rapatrier le phare de Pointe-à-la-Renommée sur son lieu d’origine. Photo : Johanne Fournier
« Ils ne savaient pas à qui ils avaient affaire »
En 1994, le Comité fait une première démarche afin de rapatrier le phare, qui se solde par une fin de non-recevoir de la part de la Garde côtière, prétextant qu’elle n’a pas les sommes nécessaires pour le retourner sur la pointe gaspésienne. « Mais ils ne savaient pas à qui ils avaient affaire », lance Priscillia d’un regard qui traduit encore la détermination dont elle et sa soeur ont dû faire preuve.
Peu de temps après, les bénévoles du Comité organisent une fête à L’Anse-à-Valleau visant à souligner le 90e anniversaire de la station Marconi, qui avait été jadis sur le site de Pointeà-la-Renommée. Selon Priscillia, l’objectif était aussi « pour amadouer » les gestionnaires de la Garde côtière. « M. [Pierre F.] Boisvert, le directeur de la Garde côtière à Québec, était venu sur place. On avait préparé une exposition avec des photos qu’on avait rapaillées de partout, où on voyait un phare avec un gros point d’interrogation. Ça l’avait fait rire. »
Armées de ténacité, voire « d’effronteries », les deux soeurs Poirier se rendent à Québec, accompagnées de Marianne Côté, afin de rencontrer Gervais Bouchard, un représentant de la Garde côtière. « On voulait s’assurer des bonnes relations, souligne Priscillia. Ce n’était pas un non catégorique. La Garde côtière continuait de travailler avec nous quand même. » Pour sa soeur, « un non ne veut pas dire jamais ».
Il faut aussi dire que les trois femmes menacent de placarder des pancartes sur « leur phare » à Québec pour réclamer, auprès de la Garde côtière, son retour dans son alma mater. « M. Bouchard nous a dit que, s’il était à notre place, il ne ferait pas ça, raconte Priscillia. Il a dit qu’on allait en parler ensemble et qu’on pouvait essayer d’avoir du financement. »
Cette année-là, il n’est pas surprenant de lire, dans un texte du magazine L’Actualité, sous la plume du journaliste Luc Chartrand : « Si l’Égypte réclame ses momies au British Museum, L’Anse-à-Valleau peut bien en faire autant pour son patrimoine. »
En 1996 et trois refus plus tard, le temps presse pour le Comité, qui s’était donné cinq ans pour faire revenir le phare sur son lieu d’origine. Pour les soeurs Poirier, pas question de baisser les bras. « Il y avait toujours des éléments qui nous donnaient espoir », se souvient Priscillia. « À chaque refus, je disais à Priscillia de réécrire une lettre », renchérit sa soeur.
Coup de théâtre
Toujours en 1996, un coup de théâtre survient : la Garde côtière demande l’approbation de la Ville de Québec, avec à sa tête le maire Jean-Paul L’Allier, de rétrocéder le phare au Comité local de développement de L’Anse-à-Valleau et à la Ville de Gaspé. « Une conseillère municipale de Québec, Lise Cloutier, avait dit que la Garde côtière devait nous donner le phare parce qu’il était à nous autres », se souvient Blandine.
Néanmoins, le Comité local de développement a un problème de taille : il n’a pas d’argent pour assurer le transport du mastodonte. Avec l’insistance de Blandine Poirier, le Conseil régional de concertation et de développement de la Gaspésie accepte de transférer une subvention en fiducie. « On nous disait qu’on n’avait pas le droit de mettre ça en fiducie, raconte Blandine Poirier. Je leur ai dit qu’on n’avait pas le choix parce que le phare s’en venait et que la Garde côtière ne voulait pas payer! »
Le 10 octobre 1997, l’appel d’offres pour le déménagement terrestre du phare est lancé. Trois entrepreneurs soumissionnent. « La première soumission était de 300 000 $, précise Priscillia. On n’avait pas les moyens. La deuxième était plus basse. Puis, on a accepté la troisième, celle de Métro Excavation de Lévis, pour 115 000 $. Ça a coûté plus cher que ça, mais c’est la Garde côtière qui a payé le reste. »
« On était devenues des femmes d’affaires »
Après deux autres visites à Québec, les trois femmes rencontrent à nouveau un représentant de la Garde côtière. « On voulait s’assurer que tout était sous contrôle dans les négociations, précise Priscillia, avec un brin de fierté dans les yeux. On était devenues des femmes d’affaires! »
Par ailleurs, un membre du Comité communique avec le directeur du Musée de la Gaspésie afin qu’il supervise le déroulement du démantèlement du phare. « Le directeur du Musée n’a pas cru bon ou intéressant de se rendre à Québec, se remémore Priscillia, qui ne peut cacher sa déception, même après 25 ans. Il n’y croyait pas, comme 99 % de la population! » Sa soeur ajoute : « Pourtant, c’était un patrimoine qui nous appartenait et qui s’en allait! On voulait montrer à toute la Gaspésie qu’on était capable d’avoir des choses quand on veut. »
Moment émouvant
Les trois femmes sont convoquées le 20 octobre 1997 à 10 h au bureau B-203 de la Garde côtière de Québec pour une réunion visant à préparer le départ du phare, en présence des représentants de l’entreprise Métro Excavation. À 11 h 30, le contrat est officiellement signé. « C’était gros, laisse tomber Priscillia. J’ai trouvé ça tellement émouvant que j’ai dû sortir dehors. » À la sortie des bureaux de la Garde côtière, une horde de journalistes attend les trois femmes qui viennent de gagner une bataille. C’était David contre Goliath. « On a fait plein d’entrevues », se souvient Blandine. Pendant deux jours, les trois Gaspésiennes assistent avec émotion au démontage du phare.
Mais le travail ne s’arrête pas là. Avant que le phare n’arrive à sa destination finale, les ingénieurs recommandent de refaire la base. « Mais, on n’avait pas d’argent, insiste Blandine. J’ai approché le député de Gaspé, Guy Lelièvre. Je lui ai dit que le phare s’en venait et que la base n’était pas faite. Il a appelé le ministre. Je lui ai dit de me le passer. J’ai dit au ministre que ça nous prenait un chèque de 10 000 $ en trois jours. Puis, on l’a eu! » C’est une citoyenne, Dannie Tapp, qui a supervisé les travaux de reconstruction de la base en béton. Plus tard, une fois le phare remonté, la femme insistera, du haut d’une grue, pour installer elle-même la girouette sur le capuchon de la tour.
Victoire de la Gaspésie sur Québec
Le 3 novembre 1997 marque un moment historique. Le phare est parti de Québec tôt le matin. Policiers, pompiers et employés municipaux se préparent à accueillir les deux fardiers qui transportent le phare en trois sections, suivis d’une camionnette avec, à son bord, le précieux prisme de verre soigneusement enveloppé. « On étaient tout excitées, se rappelle Priscillia comme si c’était hier. Aussi, on avait peur qu’il neige parce qu’on l’avait annoncé. »
Mais, l’après-midi venu, la singulière cargaison ne se pointe toujours pas à L’Anse-à-Valleau. Tout à coup, Priscillia reçoit un appel : le phare venait de passer sur le pont de Gaspé. Le transporteur avait décidé, une fois rendu à L’Anse-Pleureuse, de passer par Murdochville.
Donc, après un détour d’environ 150 km, des sirènes retentissent et des gyrophares déchirent enfin la brunante. Autopatrouilles et escortes routières accompagnent le titan qui, après 20 ans d’exil forcé, se profile lentement à l’entrée de L’Anse-à-Valleau, sous les yeux ébahis d’une foule de curieux. C’est jour de fête : le phare voyageur revient à la maison et les citoyens du village retrouvent leur identité. « C’était mission accomplie, lance Blandine Poirier. C’était une victoire de la Gaspésie sur Québec! »

Le phare de Pointe-à-la-Renommée est revenu sur son site d’origine après 20 ans d’absence. Photo : Fournie par le Comité local de développement de L’Anse-à-Valleau
Le travail se poursuit
L’arrivée du sémaphore ne signifie pas pour autant que l’ouvrage est terminé. En 1998, la station Marconi est reconstituée. Ce premier poste côtier de télégraphie sans fil en Amérique du Nord avait été déménagé en 1957 à Rivière-au-Renard. « En rapatriant le phare, c’était aussi très important de mettre en valeur le site, qui était jadis un centre stratégique de communications pendant les deux guerres mondiales », souligne Priscillia.
Cette année-là, le Conseil des monuments et sites du Québec souligne ce geste exemplaire de sauvegarde du patrimoine, en décernant un certificat d’honneur au Comité local de développement de L’Anse-à-Valleau. « Votre détermination a prouvé que la technocratie la plus entêtée ne saurait venir à bout de l’identité d’une communauté », dit la présidente du Conseil des monuments et sites du Québec, France Gagnon-Pratte. « Vous avez su forcer le triste destin de votre phare, vous réappropriant votre patrimoine. » Le Comité local de développement recevra plusieurs autres prix.
Le 7 juin 1998, une grande fête est organisée pour l’inauguration du phare retrouvé, tel le retour du fils prodigue. Quelque 500 personnes participent aux festivités marquant la reconquête d’un patrimoine qui leur avait été subtilisé. Puis en 2001, une réplique respectant l’apparence extérieure de la maison du gardien est construite.
Les divers travaux procurent de l’emploi à des dizaines de travailleurs affectés par le moratoire sur la pêche à la morue. « On n’avait pas de misère à avoir du monde pour travailler, souligne Blandine. Les gens aimaient ça, travailler sur le site. »
Aujourd’hui âgées de 83 et de 84 ans, les deux soeurs Poirier sont demeurées à la tête du Comité local de développement de leur communauté jusqu’en 2021. Au cours de leur engagement qui aura duré 29 ans, elles ont continué inlassablement à développer le site. Il y a deux ans, la bière La Renommée, frappée à l’effigie du phare et brassée par la microbrasserie Le Frontibus de Gaspé, a été lancée. Le pavillon d’accueil situé sur le site abrite aussi une boutique qui regorge de produits du terroir et d’oeuvres conçues par des artisans gaspésiens.
Outre le phare, la station Marconi et la maison du gardien, le lieu comprend la maison des opérateurs ainsi que les fondations du criard à brume et de la forge. Le site propose aussi un réseau de sentiers pédestres pour toute la famille, donnant sur des panoramas exceptionnels. Aujourd’hui, grâce à la détermination de Blandine et de Priscillia Poirier, soutenues par une poignée de Gaspésiennes, le phare de Pointe-à-la-Renommée et ses bâtiments sont un lieu historique et muséal d’exception. « Rêver seul, on ne va pas loin, philosophe Blandine Poirier. Mais, rêver ensemble, on fait de grandes choses. »
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CARLETON-SUR-MER | La pêche à la morue a façonné l’histoire du Québec et des Provinces atlantiques. Le moratoire sur la pêche au poisson de fond, décrété en 1993 pour les pêcheurs québécois, a créé un trou béant dans l’économie de certaines communautés côtières, notamment en Gaspésie, tout autant que dans le coeur de ses habitants. Où en sommes-nous 30 ans plus tard? C’est ce que cherche à comprendre Jean Guénette dans son documentaire Le silence des morues, produit par la maison Gaspa de Carleton-sur-Mer.
« C’est important, 30 ans après, de faire le point, estime le producteur. Comment toute cette économie s’est transformée? Le but du film est de raconter l’importance de ce poisson [la morue]. Il y a un devoir de mémoire. »
En plus de donner la parole à des pêcheurs gaspésiens et madelinots, le documentaire fait une incursion à Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, là où les gens avaient, bien avant que le moratoire soit décrété, tiré la sonnette d’alarme auprès des scientifiques. Mais, ils n’avaient pas été pris au sérieux, de l’avis de Jean Guénette.
Le documentariste et journaliste, qui sillonne les quais depuis plus de 30 ans, présente un portrait des pêches tel qu’il est aujourd’hui. Le film, qui prendra l’affiche sur les chaînes 511 de MaCommunauté Telus et sur YouTube, à une date encore indéterminée, propose un retour sur le passé, une observation du présent ainsi qu’une vision d’un avenir qui appartiendra à une nouvelle génération de pêcheurs et de transformateurs, soutenue par les nouvelles technologies. Les erreurs se répètent Pour compenser la perte de milliers d’emplois en mer et dans les usines de transformation, tout en mettant un baume sur l’économie écorchée de centaines de villages, la diversification des sources de revenus est apparue comme une solution. Par conséquent, d’autres espèces halieutiques sont pêchées. Entretemps, le réalisateur constate que la morue et le sébaste, une autre espèce dont la pêche est frappée par un moratoire depuis 1995, sont de retour dans le Saint-Laurent. Certains acteurs nourrissent donc l’espoir d’une reprise de la pêche commerciale.
Jean Guénette ne mâche pas ses mots. Selon lui, les erreurs se répètent dans d’autres espèces que la morue. « Le manque de courage politique, la mauvaise gestion du gouvernement fédéral dans le domaine des pêches et le peu d’importance que les politiciens d’Ottawa et même de Québec portent aux régions maritimes font en sorte qu’on est toujours laissé pour compte. Ce laisser-aller fait en sorte que, 30 ans après, on voit des moratoires s’imposer et des déclins majeurs dans d’autres espèces halieutiques. »
On a souvent blâmé les pêcheurs. Mais maintenant, ce n’est plus de leur faute, croit-il. « Ce sont des décisions et des actions qui ne sont pas mises de l’avant pour protéger les autres ressources en danger. »
Le journaliste déplore l’attitude du ministère des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, où on lui avait promis des entrevues qui n’ont finalement jamais eu lieu. « On leur a donné des délais et ils n’ont pas été capables de nous fournir quelqu’un. On nous a même répondu, au bureau de Moncton, que la gestion des phoques et de la morue est décidée à Ottawa et non dans les bureaux des régions atlantiques, où sont généralement les morues et les phoques gris. C’est pour le moins étonnant! »
En revanche, Jean Guénette a réussi à obtenir un point de vue scientifique, soit celui d’Alain Fréchet, aujourd’hui retraité du ministère fédéral. « Maintenant, il a le droit de me parler », se réjouit le producteur de films.

Le documentariste et journaliste Jean Guénette sillonne les quais depuis plus de 30 ans. Photo : Fournie par Gaspa
C’est la faute du phoque gris
M. Guénette accuse le laxisme d’Ottawa concernant la prolifération du phoque gris qui s’est multiplié à vitesse grand V depuis 1998, sans compter le nombre de phoques du Groenland qui fréquentent le golfe pendant un mois et demi et qui s’alimentent de plusieurs espèces. Il est grand temps, à son avis, de se
concentrer sur le phoque gris qui, après 30 ans, est le principal problème du rétablissement des stocks de morue dans le sud du golfe.
Selon le cinéaste, le phoque gris mange en moyenne 40 kg de poisson par jour. Dans le film, il fait le calcul avec le pêcheur O’Neil Cloutier et arrive à un total de 4,5 milliards de livres de morue par année qui sont consommées par le mammifère marin.
En conclusion de son documentaire, Jean Guénette le répète : l’exemple de la morue se répète avec d’autres espèces de poisson et le fait que les décideurs ne s’en préoccupent pas démontre leur faible degré d’intérêt pour les régions éloignées. En d’autres mots, le documentaire arrive au constat que, si les morues pouvaient parler, elles feraient sans doute réaliser aux gestionnaires que le dossier des pêches n’est rien d’autre que le jour de la marmotte.
Des mots, des notes et des images; partie 2/3
Des mots, des notes et des images; partie 3/3
L’initiative a été financée à une hauteur de 619 000 $ par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, avec la participation de la MRC. « On a choisi l’innovation sociale par la participation citoyenne, précise la co-coordonnatrice du LAB, Marie-Ève Paquette. Donc, on a inventé le LAB pour les besoins du milieu parce qu’on savait que les citoyens étaient prêts à se mobiliser pour des infrastructures nourricières. »
Pour clôturer le LAB, ses protagonistes et des bénévoles ont dévoilé les résultats de leurs démarches, le 12 juin à Sainte-Anne-des-Monts. Un total de 13 infrastructures nourricières ont vu le jour ou le verront bientôt au sein d’autant de localités de La Haute-Gaspésie.
Les responsables du LAB, Marie-Ève Paquette et Rosie-Roch L’Allier, évaluent le projet à 7 500 heures d’engagement investies par 180 bénévoles, ce qui représente au moins 112 500 $ au salaire minimum, sans compter la contribution du milieu et des municipalités.
Le LAB a produit le balado « Terreau fertile », réalisé par Guillaume Campion, sur une musique de Klô Pelgag et la voix de Valérie Bertrand-Lemay à la narration. Aussi, les vidéos « Chroniques du LAB », réalisées par le cinéaste Moïse Marcoux-Chabot, permettent de documenter les projets nourriciers.
Pour un bénévole de Mont-Louis, « le LAB représente ce qu’on a perdu sur le territoire dans les années 1960 et 1970 avec les fermetures de villages ». Selon Laurent Normand, des savoirs se sont également perdus. « La chose la plus simple qui se faisait en Gaspésie était de trancher une morue en coupe papillon pour la saler. On est en train de perdre ça. Il faut reprendre notre territoire. C’est à nous! » Marie-Ève Paquette suggère d’ailleurs que ces techniques soient documentées et filmées pour ensuite rendre ces capsules vidéo disponibles à tous.

La serre communautaire de la halte nourricière de Cap-Seize figure parmi les 13 projets du LAB Nourrir notre monde. Photo : fournie par le LAB Nourrir notre monde
Prolongement souhaité
Les responsables du projet pilote et certains citoyens bénévoles espèrent un prolongement du financement du LAB. Une fois les projets déterminés, le soutien est nécessaire afin de les mettre en marche, croit l’une des membres du comité de Mont-Louis. « S’il n’y a pas d’accompagnement, j’ai peur que le dynamisme du moment ne parte », exprime Hélène Ouellet.
« Qui va s’occuper de faire le lien avec les citoyens qui ne sont pas autour des comités? », s’interroge Marie-Ève Paquette, en précisant qu’il n’y a pas encore d’initiatives en autonomie alimentaire permettant de favoriser un accès aux personnes les plus vulnérables.

Les deux responsables du LAB Nourrir notre monde et des membres des comités de Mont-Louis et de Cap-Chat. Dans l’ordre : Jean-Philippe Baillargeon, Rosie-Roch L’Allier, Marie-Ève Paquette, Hélène Ouellet et Laurent Normand. Photo : Johanne Fournier
Autosuffisance alimentaire irréaliste?
L’objectif d’une telle démarche n’est-il pas de rendre les communautés autonomes pour une plus grande autosuffisance alimentaire? « C’est l’objectif ultime, admet Rosie-Roch L’Allier. Mais, autonomiser un projet qui est issu d’un comité citoyen peut prendre des années parce que ce sont tous des bénévoles. Ça peut même être irréaliste parce que, s’il y a des changements dans le comité, il y a toujours un travail à refaire. » À son avis, le chemin vers l’autonomie est difficile parce que les bénévoles finissent par s’essouffler. « L’accompagnement est essentiel pour que ce soit pérenne. »
Marie-Ève Paquette ajoute : « Ça prend une volonté locale et elle n’est pas là ». L’agente de mobilisation fournit notamment comme exemple les inventaires de terrains qui ont été faits par des citoyens. « Quand ils se sont rendus compte qu’il n’y avait plus de terrains, ils sont allé cogner à la porte de leur municipalité pour avoir un terrain. Ça a dérangé! Le LAB, c’est un apprentissage. Ça n’a pas super bien passé quand les comités se sont mis en place. »
Elle estime néanmoins que des pas de géant ont été faits et qu’il serait dommage que, faute d’un nouveau financement, les actions mises de l’avant fassent des pas de recul.
Rosie-Roch L’Allier martèle : le LAB Nourrir notre monde n’est pas un projet; c’est une démarche nourricière. « Ça prend un financement récurrent. » M. Normand abonde : « Il faut se donner cinq ans encore; on est sur la ligne de départ. Les retombées économiques n’existent pas tout de suite! »

Bénévoles et responsables du LAB Nourrir notre monde se sont réunis lors de l’événement de clôture du projet d’expérimentation à Sainte-Anne-des-Monts. Photo : Johanne Fournier
Exemple de projet collectif
À Cap-Chat, le choix de créer un jardin communautaire est venu d’un sondage. « La municipalité n’avait pas de lot à nous céder, raconte l’un des membres du comité, Jean-Philippe Baillargeon. On a su qu’il y avait un couple qui était intéressé à céder un espace de sa propriété. À partir de là, tout s’est ouvert. Des gens sont venus se greffer : des gens prêts à jardiner, qui avaient des plants, qui voulaient investir dans un lot. »
À l’an 2 du jardin communautaire, 10 personnes cultivent des légumes. À elles s’en ajoutent d’autres qui mènent des expériences de permaculture ou qui donnent seulement un coup de main. M. Baillargeon fait partie de ces personnes. Membre du comité depuis le début, il n’est pas un usager du jardin. « Le projet m’intéresse. C’est porteur de quelque chose qui va rester. » Pour lui, l’initiative va bien au-delà de l’expérience de monter un projet. « C’est mettre en commun des savoirs, des talents, des manières de vivre. »
Autre particularité de La Haute-Gaspésie
Une autre particularité de la MRC de La Haute-Gaspésie est de compter, dans son personnel, sur un conseiller en développement économique pour la filière bioalimentaire. Il est cependant difficile de faire un lien entre ce poste et le LAB, selon Rosie-Roch L’Allier. « La MRC fait souvent le lien de l’autonomie alimentaire avec le poste à Yannick [Ouellet]. Mais, c’est l’autonomie alimentaire d’un point de vue économique. Nous, on développe l’alimentation des citoyens. »
En revanche, l’émergence d’une nouvelle agriculture attire plusieurs maraîchers de proximité en Haute-Gaspésie. « On a une relève incroyable de petits producteurs de légumes bio qui ont envie d’être ensemble dans des marchés publics, dans des circuits courts », souligne Marie-Ève Paquette. C’est notamment là qu’elle croit que le conseiller dédié à la filière bioalimentaire peut soutenir une telle organisation collective orientée vers l’autonomie alimentaire.
Bien que Yannick Ouellet confirme que son rôle est voué au développement économique, il rappelle qu’en tant que citoyen, il est l’un des cofondateurs de l’organisme Nourrir notre monde. « J’y crois personnellement! »

Dans une exposition intitulée « La Haute-Gaspésie d’hier à aujourd’hui », le LAB Nourrir notre monde a recueilli des archives photographiques auprès d’institutions et de familles de La Haute-Gaspésie afin de revisiter le passé d’autonomie alimentaire du territoire. Photo : Johanne Fournier
Tensions
Lors de l’événement de clôture du 12 juin auquel ont participé une soixantaine de personnes, dont certains élus, des tensions entre des acteurs communautaires et politiques étaient palpables, ne serait-ce que par des questions provenant de certains participants qui ont été adressées au préfet de La Haute-Gaspésie, Guy Bernatchez.
« Je trouve ça triste, laisse tomber Yannick Ouellet. Je suis la personne la plus dévouée à Nourrir notre monde. Je suis leur meilleur allié. Il y a une zone floue entre le monde des élus et celui du communautaire. Je vais mettre toute mon énergie là. »
CHANDLER | Les premiers instants de l’entretien avec Johanne Bécu donnent le ton. On sent bien toute la détermination de cette femme à travers le récit de ses combats. Son caractère altruiste transcende sa personnalité. En 33 ans, la femme de Chandler a été témoin de beaucoup de drames humains, de détresse psychologique, d’épuisement. Mais, elle a contribué à des victoires et à des accomplissements qui ont fait la différence dans sa communauté. Retraitée depuis un an, Johanne Bécu revient sur la cause qu’elle a épousée pour la vie : la santé mentale.
Johanne Bécu a d’abord suivi son conjoint, qui était policier à Gaspé. Son premier emploi a été au Sanatorium Mgr-Ross, qui était alors une institution largement dévolue aux gens éprouvant des problèmes de santé mentale. « Je ne disais pas un mot et je faisais des statistiques », se souvient-elle.
Sa mission : aider les gens atteints de maladie mentale
Revenue à Chandler, la jeune femme qu’elle était se sentait investie d’une mission : celle d’aider les gens aux prises avec des troubles de santé mentale. Pourquoi? « Parce que j’ai été en contact avec des gens souffrant de maladies mentales alors que j’étais jeune. » En 1989, sans subvention, elle fonde bénévolement l’APAPAMM (Association de parents et amis de personnes atteintes de maladie mentale).
Le maire de Chandler de l’époque, le regretté Jean Paquin, lui prête alors gratuitement une salle située au deuxième étage de l’aréna local pour ouvrir un centre de jour pour les proches de personnes atteintes de maladie mentale.
« J’ai juste passé une annonce et une trentaine de personnes se sont présentées avec un proche atteint de maladie mentale, raconte-t-elle. Il n’y avait plus de places. Ils devaient revenir les chercher entre 4 h et 5 h l’après-midi. Mais, il était rendu 9 h le soir et certains n’étaient pas venus les chercher. J’ai pris deux gars qui étaient prêts à passer la nuit là avec huit à dix personnes que les parents n’étaient pas venus chercher. C’était surtout des garçons. Je me suis dit que les parents devaient tellement être fatigués pour abandonner leur garçon! »

En 33 ans, Johanne Bécu a été témoin de beaucoup de drames humains, de détresse psychologique, d’épuisement. Mais, elle a contribué à des victoires et à des accomplissements qui ont fait la différence dans sa communauté. Photo : Jean-Philippe Thibault
Première maison
Elle se fait ensuite prêter une petite maison appartenant aux Augustines afin d’héberger des personnes atteintes de maladie mentale. « C’était une vieille maison, décrit-elle. L’eau passait à travers. J’étais toute seule, sans employé. Je les laissais là. Des fois, la chicane prenait dans la cabane. Le monsieur du dépanneur en face m’appelait s’il y avait du grabuge et j’intervenais. Quelqu’un qui était en psychose, je n’avais pas peur de ça. On dit qu’une personne sur quatre souffre de maladie mentale. »
Un peu plus tard, elle réussit à obtenir un peu de financement. « Je me faisais des listes de partenaires que j’approchais, relate la femme de 66 ans. Les deux premières années, je n’avais pas de salaire. Mais, petit à petit, avec des subventions, j’ai réussi à donner des salaires aux employés. Mais, ce n’était pas de gros salaires. On allait chercher l’argent qu’on pouvait. C’était difficile d’avoir de l’argent. »
Centre L’Éclaircie
En 1994, elle fait construire L’Éclaircie, un centre d’hébergement de courte durée à Chandler. « J’avais 12 places. C’était plein instantanément. Il y avait beaucoup de gens atteints de maladie mentale : des psychoses, des dépressions. J’avais fait faire un genre de boudoir. Avec deux lits pliants, ça faisait deux chambres de plus. Je pouvais héberger 14 personnes. J’ai toujours été en dehors de la loi. Mais, j’avais toujours des alliés; j’avais bien bâti mon conseil d’administration. »
Elle se souvient encore d’un fonctionnaire du gouvernement qui était en colère contre elle parce qu’elle avait fait construire un appartement afin d’apprendre à certains de ses clients à développer leur autonomie. « Certains ne savaient pas se laver. Ils venaient de milieux défavorisés. Je répondais aussi aux besoins de gens qui sont malades et qui ne voulaient pas être en institution. Ils ont juste besoin d’être en institution quand ils sont en crise. »
Fermeture de la Gaspésia
Après la fermeture de l’usine papetière Gaspésia à Chandler en 1999, les cas de maladies mentales ont explosé, selon Mme Bécu. « Il y a beaucoup d’hommes dans la trentaine qui sont partis vers la ville pour le travail et qui ne revenaient pas. Les femmes étaient laissées à elles-mêmes avec les enfants. Il y avait des enfants, dont le père était parti aux quatre vents et qui ne donnait plus de nouvelles, qui venaient nous voir parce qu’ils avaient faim. On leur donnait à manger. Il y a eu beaucoup de divorces. Des femmes sont tombées en dépression. Certaines ont dû vendre leur maison. Même le CLSC ne venait pas à bout de ça. »
La fermeture de l’usine, qui avait déjà embauché jusqu’à 600 personnes, a eu des conséquences économiques désastreuses sur la MRC du Rocher-Percé, qui était considérée parmi les plus pauvres du Québec. « Il y a eu de dures années, confirme Johanne Bécu. Certains grands-parents sont devenus des soutiens pour des femmes et des enfants. Une nouvelle clientèle, qui était sur le bord de la dépression, s’est ajoutée. On les aidait. »
Mais, même avant la fermeture de la Gaspésia, les problèmes de santé mentale n’étaient pas rares dans la MRC du Rocher- Percé, soutient l’intervenante retraitée. « Chandler était une place où, vers 1850 ou 1870, il y avait cinq quais. Des gens arrivaient par bateau en masse. Ça apportait son lot de misère. » Selon Johanne Bécu, ce n’est pas pour rien que le poste de la Sûreté du Québec de Pabos a longtemps été le plus gros de la Gaspésie. La proximité de l’établissement de détention de New Carlisle contribue aussi à grossir, à son avis, les rangs des personnes ayant besoin de soins en santé mentale.
Centre Émilie-Gamelin
Mme Bécu fait ensuite bâtir une maison d’hébergement de longue durée pour neuf personnes, au coût de quelques centaines de milliers de dollars. Sur deux étages, l’établissement est doté d’une petite salle pour des activités et des repas communautaires. Il est situé à proximité de l’hôpital de Chandler. D’ailleurs, elle aime bien que la maison soit située en zone hospitalière. « Chaque fois que quelqu’un se désorganisait, je n’avais pas loin à faire pour le faire soigner. J’ai dû quêter pour avoir des appartements supervisés. J’allais voir les maires de Newport à Gaspé. Le député Guy Lelièvre [député de Gaspé de 1994 à 2008] m’a aussi beaucoup aidée. J’avais une liste de gens les mieux nantis et je leur écrivais. Certains me donnaient 100 $, d’autres 200 $, d’autres me disaient que j’étais tannante. »
L’établissement est devenu le Centre Émilie-Gamelin pour rendre hommage à la fondatrice de la Congrégation des Soeurs de la Providence, qui a soutenu le projet. Mme Bécu doit d’ailleurs beaucoup à Sr Denise Gagnon, qui l’a aidée au tout début du projet. « Elle s’est présentée à moi, raconte-t-elle. Elle avait 65 ans et venait d’être licenciée comme cadre à l’hôpital, après 40 ans de services. Je lui ai dit qu’elle pouvait venir me trouver, mais que je n’avais pas d’argent pour la payer. Elle m’a dit que ce n’était pas grave. »

Pour Johanne Bécu, la santé mentale aura été la cause de sa vie. Photo : Jean-Philippe Thibault
L’engagement d’une vie
Formée en travail social, en intervention en santé mentale et en psychiatrie après avoir suivi des cours de niveaux collégial et universitaire, Johanne Bécu peut dire que son engagement communautaire est bien plus qu’une carrière. « Je voulais changer les choses en santé mentale et j’y ai donné ma vie. »
Ce don de soi n’a pas été sans conséquences sur sa vie familiale. « Je n’ai eu qu’un garçon. Il m’a souvent reproché d’avoir trop travaillé. » Elle n’oubliera jamais ce samedi, lorsque son fils n’avait que six ans, où il avait caché ses clés de voiture afin qu’elle ne puisse pas aller travailler.
Lorsqu’elle regarde dans le rétroviseur de ses 33 années de service pour la cause, elle voit un dur labeur. « Je suis à la retraite depuis un an et je suis encore fatiguée. On n’avait pas le nombre d’employés qu’il fallait. On a travaillé fort. » Le Centre Émilie-Gamelin compte maintenant quatre employés de jour, un de soir et un de nuit. « Aujourd’hui, les travailleurs sociaux ont un bracelet au cas où ils auraient besoin de demander du secours de la police. » Quoi qu’il en soit, elle ne regrette rien. « J’ai aimé ce que j’ai fait. C’était pour une grande cause. »
La sexagénaire ne peut évidemment s’empêcher, à l’occasion, d’aller faire son petit tour au Centre qu’elle a fondé. « Les employés me mettent dehors, me disent de m’en aller me reposer, affirme-t-elle en riant. Mais, même si j’ai fait ma part, ils savent que je demeure disponible. »
SAINTE-ANNE-DES-MONTS | Une petite neige tombe sur les premiers jours de l’année à Sainte-Anne-des-Monts. Dans le bureau de son commerce, Serge Chrétien accueille GRAFFICI avec un malaise évident à l’idée de parler de lui. Pourtant, il y aurait de quoi écrire un livre sur le père biologique et adoptif, le coresponsable d’une famille d’accueil, l’haltérophile, l’entraîneur, le philanthrope et l’homme d’affaires. Rencontre avec celui que l’athlète olympique Maude Charron appelle son mentor.
Dès l’âge de 12 ans, Serge Chrétien devient un athlète. « J’ai eu la piqûre tout de suite pour l’haltérophilie, raconte celui qui est né et a grandi à Matane. Clément Lapierre était mon entraîneur. L’été, personne ne s’entraînait, et je lui faisais ouvrir la salle d’entraînement juste pour moi. »
L’haltérophile
D’une force herculéenne, l’adolescent n’a pourtant pas la silhouette d’une armoire à glace. « J’avais 15 ans. Claude Quenneville, qui animait l’émission Les héros du samedi à Radio-Canada, était surpris que je sois autant élancé. Je pesais 123 livres. Je n’avais pas le physique de l’emploi. Mais, Claude Hardy, qui était un haltérophile, lui avait dit que je gagnerais. J’avais gagné toutes les compétitions. » À 18 ans à peine, il prend la relève de son entraîneur pour accompagner de jeunes haltérophiles aux Jeux du Québec.
En 1999, Serge Chrétien s’inscrit au Championnat canadien des maîtres d’haltérophilie à Belleville en Ontario. « J’avais 40 ans. J’ai gagné la médaille d’or. » Deux ans plus tard, il décroche la médaille de bronze chez les 35 ans et plus aux Championnats panaméricains qui s’étaient tenus à Savannah, en Géorgie, aux États-Unis. « J’ai fait tous les championnats panaméricains jusqu’en 2012. »
De 2002 à 2006, comme « la motivation était très forte », il se mesure aux meilleurs de la planète lors des Championnats du monde des maîtres d’haltérophilie. Après celui de 2002 à Melbourne, en Australie, il revient avec la médaille de bronze. L’année suivante à Savannah, il monte sur la plus haute marche du podium.
En 2004 en Autriche, il arrive sixième. « J’étais malade », précise-t-il. En 2005 à Edmonton, en Alberta, il se classe quatrième. « Mais, il y a un Russe qui s’est fait disqualifier pour dopage. J’ai reçu ma médaille de bronze par la poste. » L’année suivante, lors du championnat tenu en France, il s’empare de la médaille de bronze.
C’est une déchirure du tendon du quadriceps d’un genou survenu lors du Championnat canadien d’haltérophilie de Toronto en 2013 qui force l’homme fort à prendre sa retraite de la compétition. « Je suis resté entraîneur pour essayer de donner la piqûre à d’autres. J’ai formé à peu près 600 jeunes, que ce soit pour les Jeux du Québec ou les championnats du monde junior. »

Serge Chrétien lors de ses derniers Championnats panaméricains à Santo Domingo en 2012, en République dominicaine. Photo : Fournie par Serge Chrétien

Serge Chrétien et Maude Charron, à son retour des Jeux olympiques. Photo : Fournie par Serge Chrétien
La période Maude Charron
Puis, arrive ce que l’entraîneur appelle « la période Maude Charron ». « Maude faisait du CrossFit, relate-t-il d’une voix empreinte d’un mélange de fierté et d’émotion. Pour améliorer ses performances en haltérophilie, elle m’avait contacté parce que j’étais l’entraîneur le plus près. Je me suis rendu à sa salle d’entraînement à Rimouski. Je lui ai demandé de faire des levées. En trois secondes et quart, je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui se passait. Elle avait déjà de bonnes charges. Je lui ai demandé si elle pouvait prendre plus. Elle m’a dit oui. »
Pendant un an, il l’accompagne pour améliorer ses performances en CrossFit. « Dans ma tête, c’était une haltérophile. Mais, elle n’y croyait pas. Son but était de faire les CrossFit Games. En 2016, je la convaincs de faire les Championnats canadiens senior d’haltérophilie à Vancouver. Elle gagne facilement la médaille d’or. À la fin de la compétition, je lui dis quelque chose qu’elle ne veut pas entendre. Je lui dis que je peux continuer à l’entraîner pour le CrossFit, mais un peu à reculons parce qu’elle est une haltérophile, pas une fille de CrossFit. Je lui dis que si elle m’écoute, je l’emmènerais aux Olympiques. C’était un rêve, pour elle, d’aller aux Olympiques. Ça a donné ce que ça a donné : elle est devenue championne olympique quelques années plus tard. »
Serge Chrétien a entraîné Maude Charron pendant environ cinq ans. « Elle m’appelle son mentor, souffle-t-il humblement. Moi, j’appelle ça un motivateur. » N’ayant pu assister à ses performances aux Jeux olympiques de 2021 en raison de la pandémie, il se promet d’être là en 2024 à Paris.
Maude Charron n’a pas seulement réalisé son rêve. Elle a aussi accompli celui de Serge Chrétien. « En 2002, quand j’avais des haltères entre les mains, je m’étais dit que, comme je ne pourrais jamais faire les Olympiques, j’allais trouver quelqu’un qui allait gagner aux Olympiques. J’y croyais. Quand elle est montée sur le podium, c’était un grand moment. C’est ma grande victoire. Ce n’est pas tout le monde qui se rend là! »
Le père et le philanthrope
Le résident de Sainte-Anne-des-Monts est un philanthrope. « J’ai toujours voulu redonner à ma communauté et à autrui. » Avec sa femme, Suzanne Barriault, il a accueilli plusieurs dizaines d’enfants pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Parmi eux, trois ont été adoptés par le couple, en plus d’un quatrième à l’international. M. Chrétien est aussi le père biologique d’Éric, 43 ans, qui est issu d’une première union. « Je suis grand-père sept fois », indique l’homme de 63 ans qui, avec sa femme, a encore deux enfants de la DPJ sous son aile.
« La première enfant qu’on a accueillie souffrait de paralysie cérébrale. J’ai alors épousé la cause. » Arrivée chez lui à l’âge de 18 mois, elle est demeurée au sein de sa famille d’accueil jusqu’à son décès, à 33 ans. »
Serge Chrétien ne peut arriver à nommer toutes les causes auxquelles il a adhéré. Mais, lorsque sa mère, Germaine Lepage, reçoit un diagnostic de cancer, il imagine un événement caritatif en rassemblant le plus de personnes et de familles possible touchées par cette terrible maladie. En 2010, il organise une vague humaine qui rassemble 7000 personnes et qui déferle sur une distance de cinq kilomètres à Sainte-Anne-des-Monts.
« Ma mère m’avait dit qu’elle ferait la vague, se remémore-t-il, la gorge nouée. Mais, elle est morte avant. J’étais secoué. Je me suis demandé si je serais capable de la faire. J’ai dit à ma mère que j’allais faire la vague ici, mais qu’elle devrait la faire d’en haut. Le temps était sombre avant que la vague commence.
Puis, quand elle a commencé, le ciel s’est ouvert et le temps s’est éclairci. » L’Annemontois réitère l’événement en 2012, auquel prennent part 5500 personnes. Les deux événements permettent alors de verser un total de 68 000 $ à l’Association du cancer de l’Est du Québec.

Serge Chrétien est père, coresponsable d’une famille d’accueil, haltérophile, entraîneur, philanthrope, homme d’affaires et mentor de Maude Charron. Photo : Johanne Fournier
L’entrepreneur
Serge Chrétien a une longue feuille de route dans le commerce de détail. Dès l’âge de 12 ou 13 ans, il tient déjà un « genre de petit dépanneur » dans le solarium de la maison de son voisin. Après deux à trois mois d’études
en sciences pures au Cégep de Matane, le jeune homme de 18 ans est impatient de travailler. Il est embauché comme discothécaire dans une discothèque de Matane, puis ensuite comme gérant dans un commerce de vente de disques et de cassettes de La Pocatière. « C’est là que j’ai appris le travail de commerçant. » Après avoir travaillé comme discothécaire à Amqui, il se dirige vers Montréal, où il gravit les différents échelons de la vente dans une maison d’édition.
Après la gérance d’un magasin de disques à Baie-Comeau, il a le goût d’un retour au bercail. Il devient alors représentant sur la route pour Imprimerie Services de Sainte-Anne-des-Monts. Pendant deux ans, simultanément, il est aussi conseiller publicitaire pour la station de radio locale CJMC, où il restera neuf ans au total, faisant même des remplacements occasionnels à l’animation.
En même temps, il est propriétaire d’une disco mobile. « Ça a été ma première entreprise. Le disquaire n’était jamais très loin. C’est là qu’est venu au monde mon magasin de disques, Kompak Son. » Trente ans plus tard, son commerce, devenu la Cité Hi-Tech, a toujours pignon sur rue à Sainte-Anne-des-Monts.
Relation père-fils
Serge Chrétien est issu d’une famille de deux enfants, soit lui et sa soeur cadette Josée. Si l’homme parle avec tendresse de sa relation avec sa mère, le lien avec son père était tout aussi important. « Quand j’étais plus jeune, il était plus absent; il travaillait et écrivait tout le temps. J’étais plus proche de ma mère. »
Georges-Guy Chrétien était rédacteur publicitaire à CKBL, devenu CBGA de Radio-Canada à Matane en 1972. En plus d’écrire pour le Bulletin des agriculteurs, il a, sous son nom de plume Georges-Guy, signé des radios-romans, des recueils de nouvelles, une trentaine de pièces de théâtre et un roman.
Une vingtaine d’années avant le décès de Georges-Guy Chrétien, la relation père-fils devient quasi fusionnelle. « Tous les jours, on allait déjeuner ensemble. L’après-midi, on se retrouvait encore ensemble. Il prenait un thé et moi, un café. C’était mon confident, mon meilleur ami. Il était un homme doux avec tout le monde. Je ne l’ai jamais vu fâché. C’était un père exceptionnel, qui m’a beaucoup inspiré. » Décédé en février 2019 à l’âge de 92 ans, il laisse un vide énorme dans la vie de son fils.

Serge Chrétien et son père Georges-Guy devant le studio 42 de l’ancienne tour de Radio-Canada à Montréal. Photo : Fournie par Serge Chrétien

SAINT-MAXIME-DU-MONT-LOUIS | Le biologiste Yves Briand est préoccupé par la qualité de l’eau potable, les phénomènes d’érosion, les risques d’inondation et la conservation des milieux humides. Par son travail, le codirecteur du Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie partage la fierté et le sentiment d’appartenance des Gaspésiens auprès de qui il intervient. « On est choyés par la qualité de nos cours d’eau et de nos rivières », estime le scientifique.
Après un baccalauréat et une maîtrise en histoire à l’Université Laval, Yves Briand a replongé tête première dans les études pour compléter un autre baccalauréat et une autre maîtrise, cette fois en biologie à l’Université du Québec à Rimouski. « Je suis revenu à mes premières amours », raconte le résident du secteur de Cap-au-Renard, à La Martre.
D’abord embauché en 2015 à titre de conseiller en environnement par le Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie, dont les locaux sont situés à Saint-Maxime-du-Mont-Louis et dont le territoire s’étend de la pointe Saint-Pierre à l’est jusqu’aux Capucins à l’ouest, le Rimouskois d’origine assume la direction de l’organisme depuis 2017 avec Thierry Ratté.
« Ma carrière est associée à ma formation en science, précise M. Briand. En se partageant la direction générale à deux, ça nous libère chacun du temps pour des dossiers plus proches de nos formations, plutôt que d’être à 100 % dans la gestion. On voulait les deux continuer à faire valoir nos expertises. »

Yves Briand est codirecteur du Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie. Photo : Johanne Fournier
Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie
Le Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie est un organisme sans but lucratif figurant parmi les 40 organismes de bassins versants du Québec, financés en bonne partie par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec. Leur mandat repose sur la gestion intégrée de l’eau par bassins versants.
« Un bassin versant est l’unité territoriale qui définit l’écoulement des eaux et leur cycle, décrit le scientifique. Un bassin versant est une portion de terre qui, par son relief, recueille les précipitations ou la fonte des neiges, les canalise dans un réseau hydrographique qui s’oriente vers un même cours d’eau, vers une même embouchure qui va vers la mer. »
Comme tous les organismes de bassins versants, le mandat principal du Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie consiste à élaborer un plan directeur de l’eau (PDE). « Ce PDE s’appuie, après une recherche d’information et un diagnostic, sur l’identification de certains enjeux de l’eau, sans tenir compte de ce qui se passe en milieu marin », explique Yves Briand.

Les bureaux du Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie sont situés à l’embouchure de la rivière Mont-Louis. Photo : Johanne Fournier
Enjeux
Parmi les enjeux qui sont généralisés aux bassins versants du nord de la Gaspésie, notons les aléas fluviaux, qui sont des phénomènes d’érosion des berges des rivières. « Cette érosion, qui va de pair avec les processus de sédimentation, fait en sorte que les rivières sont mobiles, qu’elles ne sont pas toujours dans la même trajectoire. Ce sont des phénomènes qui ne sont pas très connus des citoyens et qui réservent parfois de mauvaises surprises », soutient le codirecteur du Conseil de l’eau.
Par exemple, le coude d’une rivière en érosion qui a tendance à se déplacer au fil des décennies, peut toucher l’intégrité d’une résidence ou faire disparaître une partie de terrain résidentiel, provoquant ainsi des problèmes de sécurité civile.
« C’est un enjeu qui est vrai pour la plupart des bassins versants du nord de la Gaspésie parce qu’ils partent de très haut en altitude, puisqu’on a une chaîne de montagnes, ajoute le codirecteur de l’organisme. Donc, ces rivières descendent vers la mer avec une pente relativement abrupte pour un système hydrique. Avec cette force et les fontes printanières, où il y a une grande quantité d’eau qui entre dans les systèmes, ça déplace des sédiments. Ceux-ci proviennent de berges qui s’érodent et les sédiments vont aussi se redéposer ailleurs dans le système. »
Selon Yves Briand, les rivières doivent leurs méandres à cette alternance de déplacements et de dépôts de sédiments. « Ces méandres peuvent changer de forme au fil des ans », ajoute le spécialiste de l’eau.
Pour le Conseil de l’eau, la mobilité des rivières constitue donc une grande préoccupation, en plus des risques d’inondation lorsqu’une grande quantité d’eau cherche un chemin, particulièrement en période de crue printanière. « C’est pour ça qu’on a des plaines inondables à l’embouchure des rivières », indique le biologiste.
L’organisme veille aussi à la conservation des milieux humides, c’est-à-dire les marais, les marécages et les tourbières, pour leur biodiversité et les services qu’ils rendent aux communautés. « Ça contribue à filtrer l’eau des sédiments et des polluants, ajoute M. Briand. Ça contribue aussi à ralentir les débits de crues. »
Un autre enjeu interpelle l’organisme : les six grandes rivières à saumons de son territoire qui génèrent une activité économique de premier plan pour la Gaspésie. Il s’agit de la Cap-Chat, de la Sainte-Anne, de la Madeleine, de la York, de la Darthmouth et de la Saint-Jean. « Les six bassins versants de nos rivières à saumons font 70 % de notre zone en termes de superficie », souligne le codirecteur de l’organisme.
Ces six rivières font partie des 16 bassins versants principaux qui représentent 85 % du territoire du Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie. La balance est formée de 46 bassins versants secondaires et d’une quarantaine de résiduels. Ces derniers n’ont même pas de toponyme.
L’organisme est aussi membre du Conseil de rétablissement du caribou forestier. « J’ai fait ma maîtrise sur le caribou forestier de la Gaspésie, souligne le biologiste. Je suis apte à comprendre sa réalité. »
Positif, mais lucide
Comment le scientifique perçoit-il sa vie personnelle et professionnelle en Gaspésie? « Je la vois de façon positive, répond Yves Briand. Je suis arrivé en Gaspésie en 2008 pour travailler pour la Conférence régionale des élus de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (CRÉGÎM). Je travaillais en concertation sur le plan des ressources naturelles. J’ai notamment eu à donner mon avis scientifique sur le caribou forestier de la Gaspésie. J’étais à Gaspé. Je suis en Haute-Gaspésie depuis 2009. Mais, je suis lucide par rapport à ma réalité. C’est quand même difficile d’avoir son dentiste à Rimouski et son vétérinaire à Matane. Ça fait partie des désagréments. »
En revanche, ce qu’il aime de son emploi, c’est le réseau de contacts qu’il a établi puisqu’il a toujours oeuvré dans le monde de la concertation en Gaspésie. D’ailleurs, le succès de ses actions repose sur la concertation, croit-il. « Quand tu finis par comprendre la réalité de l’industriel forestier, même si, parfois, il peut nuire à certains cours d’eau, il a cette fierté de la Gaspésie, apporte le scientifique comme exemple. On a tous ce sentiment d’appartenance à ce territoire, même si on n’est pas toujours sur la même longueur d’ondes. » De plus, Yves Briand considère que la Gaspésie est un magnifique terrain de jeux pour ses enfants.

Le biologiste Yves Briand à l’oeuvre. Photo : Johanne Fournier
SAINTE-ANNE-DES-MONTS | Si la pandémie n’est pas la seule responsable de l’annulation de la Fête du bois flotté à Sainte-Anne-des-Monts, elle a certes mis du plomb dans l’aile de son organisation. En plus du départ, pour des raisons personnelles, du président de l’organisme en charge de l’événement, les autres membres du conseil d’administration ont démissionné en bloc.
« Les bénévoles voyaient ça gros, la tâche n’était pas mince, explique le maire de Sainte-Anne-des-Monts, Simon Deschênes. Ils ont donc décidé de lancer la serviette. L’annonce officielle s’est faite en janvier. Comme c’est un organisme à but non lucratif, beaucoup de bénévoles mettaient du jus de bras depuis plusieurs années et il y avait aussi une fatigue mentale qui s’installait au fil du temps. »
En raison des contraintes sanitaires liées à la COVID-19, le Comité d’aménagement et de développement durable environnemental et culturel (CADDEC) a réussi à organiser l’événement en 2020 et 2021 avec beaucoup de difficulté. Pour Simon Deschênes, il ne fait aucun doute que la pandémie est en cause dans la décision du CADDEC d’annuler l’événement qui, avec la mobilisation de 25 à 30 bénévoles, attirait une moyenne de 20 000 personnes. Selon l’élu, son achalandage était en croissance. Si le maire ne connaît pas le montant précis du budget, il sait cependant que les contributions financières de la Ville et de Telus totalisaient 30 000 $. À son avis, le CADDEC ressort appauvri des deux ans de pandémie, notamment en raison de la diminution des festivaliers et de l’absence de vente de bière.
Le président démissionnaire, Éric Archambault, a décliné notre demande d’entrevue, nous invitant à s’adresser au nouveau président. « Le CADDEC est une organisation bénévole en restructuration, a répondu par écrit son successeur, Mathieu-Olivier St-Louis. Je ne vois pas ce qu’il y a de plus à ajouter. »
Avenir de la Fête du bois flotté
Malgré la conjoncture actuelle, le maire Deschênes voit l’avenir avec optimisme. « Est-ce qu’on a fait le tour du thème? s’interroge-t-il toutefois. Je ne sais pas. Y a-t-il lieu d’avoir un autre événement, un autre thème? » Du même souffle, il précise que Choc Événements, qui organise déjà l’Ultra-Trail des Chic-Chocs, envisage la tenue d’un festival à Sainte-Anne-des-Monts en 2023.
Entre-temps, un spectacle d’Émile Bilodeau est prévu au courant de l’été. Puis, comme les oeuvres créées par les artistes qui participaient à la Fête du bois flotté s’inspiraient du Romancero du Canada – un recueil de la tradition orale de l’Amérique du Nord francophone grandement bonifié par les découvertes nord-gaspésiennes de Marius Barbeau, un éminent ethnologue du XXe siècle –, M. Deschênes souhaite que quelques sculpteurs, dont Gaétan Pelletier de Sainte-Anne-des-Monts, puissent se réunir autour de ce thème pour créer des sculptures à partir de bois drossé sur la côte par l’action du vent, des courants ou des marées.

Si la pandémie n’est pas la seule responsable de l’annulation de la Fête du bois flotté à Sainte-Anne-des-Monts, elle a certes mis du plomb dans l’aile de son organisation. Photo : Johanne Fournier
Pour lire la suite du dossier festivals :
Partie 1/8 Les Percéides
Partie 2/8 Le festival en chanson de Petite-Vallée
Partie 3/8 Festival de musique du bout-de-monde
Partie 4/8 BleuBleu
Partie 5/8 Foire agricole et festival de musique de Shigawake
Partie 7/8 Le Festival country de Grande-Vallée
Partie 8/8 Le festi-plage
Respect de la vie privée